SOINS PALLIATIFS
LE TOUCHER, LES MASSAGES ET LES SOINS PALLIATIFS
Aujourd’hui les services de soins palliatifs interpellent le fonctionnement de l’hôpital, le rôle de chacun, la hiérarchie, le travail en groupe, etc... mais aussi la notion même du soin. Traiter est une chose, soigner en est une autre. En soins palliatifs ce ne sont ni le traitement, ni la visée thérapeutique de guérir qui sont prioritaires, mais prendre soin de la personne dans sa globalité, dans son intégrité, qu’elle vive le mieux possible les jours qui lui restent à vivre. Ce n’est donc pas par hasard qu’une approche comme le toucher-massage trouve un écho extrêmement favorable.
En soins palliatifs le soignant libéré de la pression thérapeutique, de la nécessité de résultats tangibles - guérir à tout prix - peut s’exprimer comme "il le sent ": Etre jusqu’au bout "aux petits soins" et accompagner. Il ne s'agit plus ici de technique mais de coeur.
Nombre de soignants hésitent d’ailleurs à travailler en "service de fin de vie", peut-être par peur de la confrontation quotidienne avec la mort, mais sans doute aussi par crainte de remise en cause de leur rôle : "Je me rends compte que ce que je faisais en tant que kiné avant la formation au toucher-massage était complètement décalée par rapport aux besoins réels des patients. Passer un peu de temps près du malade, lui toucher, masser les mains, détendre sa nuque, le toucher, le masser m'apparaît aujourd'hui bien plus essentiel que de m'évertuer à tenter de redresser son pied équin ".
Lors des sessions de formations que j’anime pour les soignants, j'ai réellement pris conscience, combien les études médicales privilégient de façon excessive la fonction technicienne. Rien d’étonnant dès lors que s’ouvrir à autrui et accepter humblement une autre approche, désapprendre ce qui a été enseigné, soient à la fois facilité et difficulté.
"J’ai découvert tardivement le bonheur pour mes patients en rééducation, de sentir simplement ma main posée sur leurs mains, glisser sur leur front, la fluidité, la douceur. J’ai mis un temps fou à me débarrasser de mes gestes mécaniques. Avant je ne m’autorisais jamais à passer sur (ou sous) les genoux de mes patients lors des massages des jambes. Aujourd’hui j’ai définitivement rejeté ces interdits absurdes qu’on m’avait inculqués pendant mes études quand je vois l’enchantement et le bien-être que cela procure à mes patients. Christiane P. (kinésithérapeute, formée au toucher-massage).
Le fait de "mettre systématiquement des gants" est l'expression même de l'état de ce corps à corps soignant/soigné. Une surprotection dont se passerait volontiers le malade qui a bien plus besoin de proximité, de douceur, d'attention, d'humanité.
Le patient quel qu'il soit vit des sentiments portés et exprimés par son corps. Il peut éprouver attirance, répulsion, amour, agressivité, haine. La non reconnaissance du malade comme sujet vivant à part entière, l'absence d'implication du soignant, ajoute de la souffrance, du sentiment de solitude et d'abandon à la souffrance physique et psychique du malade. Il est un fait irréfutable : la relation soignant/soigné ne peut se limiter à la relation verbale.
De retour de stage de formation au toucher-massage, je me suis rendu au chevet de mon père ; Il était hospitalisé et vivait ses derniers jours je lui ai fait une petite séance d’étirements très légers avec un massage du visage. L’émotion ressentie à ce moment là a été très intense. Tout l’après midi mon père avait déliré mais lorsque j’ai eu terminé la séance, pour lui dire au revoir alors, il m’a parlé calmement, prenant des nouvelles de ma famille. Le massage m’a permis d’entrer en relation avec mon père comme peut-être je ne l’avais jamais fait. François F. (Agent technique).
Le toucher est sans aucun doute, à l’origine du climat de confiance qui s’instaure, aide les personnes qui se savent condamnées, à parler, à se confier, à se libérer, à exprimer leurs angoisses ou leurs désirs, main dans la main du soignant à “partir” sans peur. Cette proximité des derniers instants, le contact par le toucher, peut permettre au soignant en unité de soins palliatifs de dédramatiser la situation, de se déculpabiliser et d’avoir le sentiment d’accomplir au mieux la tâche d’accompagnement vers la mort. Voilà ce que me racontait Jacqueline T. Infirmière, il y a déjà quelques années :
"Un soir à 22 heures, je prenais mon service après quelques jours de repos. Je retrouvai cette femme anéantie. Divorcée quelques années plus tôt, sans enfant, elle affrontait la mort seule. Ne sachant pas comment, par quels mots, lui procurer quelque repos, je lui proposais de la masser. Elle accepta avec empressement. Ce massage dura toute la nuit. Chaque fois que j'essayais de m'arrêter pour me détendre, elle me reprenait le bras, m'embrassait et me suppliait de continuer. Vers 4 heures du matin son angoisse avait cédé la place à une lucidité sereine. Nous avons pu parler de sa mort calmement, sans problèmes ; elle souhaita que cette nuit là fût la dernière. Je terminai ma veille en massant les mains et le visage de Cécile. Lorsque je partis, elle dormait. Elle ne se réveilla pas."
La simplicité de cette pratique doit inciter les soignants à inviter les proches, souvent démunis et gardant une distance bien malgré eux, à pratiquer et réintégrer en douceur cette relation d’aide par le toucher. Un moyen de reprendre contact, de redonner un peu d'intérêt et de motivation à la personne en fin de vie.
Michèle G., Infirmière, me raconte : "Ce jeune homme de 28 ans est en phase terminale d’un cancer des testicules avec métastases pulmonaires. Nous nous connaissons depuis la découverte de sa maladie, il y a deux ans. Seuls les massages du dos et de la nuque sur le côté réussissent à le faire se déplier de sa position fœtale prise pour la nuit. C’est ainsi, que progressivement, les aide-soignantes et moi-même pouvons lui faire ensuite sa toilette en douceur et certains jours, lui proposer des bains. Nous le massons dans le bain, il en ferme les yeux de plaisir, ce sont les seuls moments où il lâche prise à ses souffrances physiques et psychiques".
Les soins palliatifs sont des soins actifs qui prennent en compte l’ensemble de la personne pour soulager ses douleurs physiques, sa souffrance morale et améliorer son confort. Le toucher-massage s'inscrit bien dans cette démarche d’accompagnement en permettant au patient de se sentir en vie jusqu’au dernier moment. C’est également du côté du soignant une façon innovante de s’exprimer, de se sentir libéré des contraintes de la technique, d’être lui-même, facteur considérable d'épanouissement et de mieux-être et de donner du sens à son travail. C'est aussi une façon d'appréhender et de dédramatiser la peur de la mort.
“J'ai pris une demi-heure pour masser un monsieur âgé en fin de vie. De grands sourires (cette personne ne parlait plus) m'ont permis de comprendre que cela lui faisait beaucoup de bien. Je l'ai quitté, son corps était détendu et son visage serein. Ce monsieur est décédé quelques heures plus tard. Pour moi, ce fut une expérience porteuse, le massage donné avait été un support extraordinaire pour l'accompagner et beaucoup de mes peurs de la mort sont tombées ce jour là “, se rappelle Nadia, aide-soignante.
Enfin ne pas oublier les membres de la famille, les accompagnants qui vont se trouver démunis, abattus, déprimés au moment de la perte de leur proche. Le toucher-massage proposé alors sous forme de séances de massage relaxant, enveloppant, restructurant peut leur permettre de renouer et dénouer leur corps meurtri et marqué.
SE FORMER AU TOUCHER-MASSAGE
"Après avoir été initié et avoir pratiqué moi-même cette technique de toucher/masser relationnel, il m'est apparu intéressant de la proposer à mes équipes soignantes et bénévoles travaillant dans le cadre de l'U.S.P. du centre hospitalier. Outre l'amélioration notable de la qualité des soins appliqués aux malades, c'est aussi la qualité des échanges entre soignants et l'esprit d'équipe qui s'est trouvé renforcé"
On aurait sans doute pu se passer de certains apprentissages de base si nous avions conservé un mode plus intuitif de relation aux autres. Mais voilà, le développement de la partie droite de notre cerveau, l’intelligence et la réflexion en ont décidé autrement. Elles ont forgé en l’homme une seconde nature, hélas parfois à ce point contre nature que le manque de confiance en soi ou a contrario la confiance aveugle dans les certitudes rationnelles et scientifiques, inhibent nos bonnes volontés. Nous ne faisons que difficilement confiance à ce que nous ressentons et à ce que nous savons de manière innée depuis des lustres.
Certes, nos possibilités sont latentes et le constat que nous pouvons en tirer se suffit à lui-même : ce que, d’un côté, nous avons gagné grâce aux techniques et à la science nous a, par ailleurs, éloignés de la simplicité et de l’authenticité, parfois de l’essentiel. Pour pallier cet état de fait, il est indispensable d'abord de redonner confiance aux soignants, en leurs capacités de soigner au sens large du terme, dont toucher et masser les patients font naturellement partie ; de chasser bons nombres d'idées reçues, de les re-sensibiliser en leur donnant quelques “outils” utiles et pratiques qui leur permettront de dispenser au quotidien cet art de la communication.
Elisabeth D. aide-soignante se souvient "qu'une dame de cinquante ans préférait de loin que je lui masse son corps meurtri par un cancer généralisé plutôt que je lui fasse une toilette. Son mari me confiait qu'elle revivait après le massage, elle parlait avec lui, chose qu'elle ne faisait plus sinon agoniser dans son lit. Et le massage lui redonnait même de l'appétit"
EN PRATIQUE CONCRETEMENT
On ne peut développer ici les nombreuses vertus du toucher-massage. Elles sont infinies et toutes adaptables à chaque personne. On citera toutefois quelques applications classiques, “valeurs sûres”, tout d’abord :
- Le toucher-massage des mains, particulièrement agréable à recevoir et facile à réaliser, est intéressant à plusieurs titres : pour amener rapidement détente, calme et apaisement, pour favoriser le sommeil et calmer la douleur. La main présente le grand avantage d'être accessible à tout moment et sans grand tabou. Ce massage qui donne un sentiment de grande sécurité peut donc être utile pour mettre en confiance avant un soin ou avant de masser une autre partie du corps. Facile à pratiquer, il peut aussi permettre d'y sensibiliser un proche du patient (massage à "quatre mains", soignant ou aidant + un proche). C'est un massage extraordinaire que tout membre du personnel doit être à même de pratiquer.
- Le massage des pieds est sans doute le massage minimal prioritaire des personnes alitées. Sa facilité d'exécution, ses nombreux effets positifs sur les problèmes circulatoires (mauvaise circulation, jambes lourdes) et sur la sensation de fatigue, montrent qu'il est facilement accepté et toujours très apprécié. On peut le pratiquer quelles que soient les conditions (et même avec les chaussettes et les bas). J'ai mis au point justement un massage d’une grande simplicité, très doux, les 2 pieds en même temps (bilatéral), 2/3 minutes suffisent alors.
- Le toucher-massage du ventre est un excellent moyen de détendre et de relaxer profondément le malade. Plus délicat, plus intime peut-être que pour les autres parties du corps, il contribue à l’apaisement. Façon simple et naturelle aussi d'apporter aide au travail du transit intestinal si souvent "contrarié".
- Il en est de même du massage du visage ou plutôt de la tête (visage et cuir chevelu), massage très intuitif, plein de délicatesse, de douceur, d’intimité et de respect. Il permet de détendre immédiatement, dans une sensation agréable de sécurité et de confiance. C’est le massage de jouvence qui embellit le visage aux traits détendus. L'effet est immédiat.
- Le massage du “grand dos” - l’axe vertical reliant le bassin à la tête qui supporte tout - ou, selon les conditions, plus localisé, est très souvent réclamé par les patients. Il apporte confort, soulagement immédiat et s’accompagne d’une sensation de mieux-être général. Il se pratique la plupart du temps le patient étant allongé sur le côté et bien calé par les oreillers, mais aussi dans le fauteuil avec appui thoracique et frontal ou encore au bord du, lit, “jambes pendantes”, habillé ou dos nu, avec ou sans huile.
- Le lever “idylique”
Nous avons mis au point une série de gestes facilement applicables pour réaliser un lever plus aisé, plus confortable, moins douloureux, préparant la marche : des mini massages réchauffant et assouplissant les articulations, des gestes simples basés sur l’expérience d’Elisabeth Forest-Djellali, aide soignante, quelque vingt cinq années de pratique auprès des personnes âgées et en fin de vie.
Enfin, dans le souci du bien-être du soignant, pour sa conviction propre et l’acquisition de son aisance à les dispenser aux malades, j’encourage à pratiquer tous ces massages entre soignants car ils sont aussi facteurs du développement des sentiments de solidarité, de convivialité et d'humanité régnant entre tous les acteurs du soin. Ils "banalisent" dans le bon sens du terme cette pratique.
Et puis, il faut faire accepter même à l'hôpital "qu'il n'y a pas de mal à se faire du bien".
Dans cet esprit, je propose donc :
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- Le massage-minute anti-stress. Il s’agit d’une technique que j'ai mise au point pour pouvoir être pratiquée de manière aisée, simple, quotidienne, qui s’applique de façon privilégiée sur la nuque, mais aussi sur le dos, les bras, les mains. Largement éprouvé par mes équipes et moi même à ce jour sur plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce massage permet de détendre rapidement quelles que soient les conditions et la situation. Pratiqué debout ou assis sur un tabouret, sans besoin de se dévêtir, il ne demande que peu d’espace. C’est le massage par excellence à pratiquer entre soignants mais aussi avec toutes les personnes qui ont la sensation d’en “avoir plein le dos” ou qui ont un besoin extrême de lâcher-prise.
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Quelques minutes suffisent.
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- Enfin, même seul, vous pouvez pratiquer quelques gestes et exercices d’auto-détente.
Extraits de l'ouvrage : Manuel de soins palliatifs
(Chapitre « Le Toucher-massage », Joël Savatofski, Ed. Dunod, Juin 2001, re-édité janvier 2009)
Un Kinésithérapeute intervenant en Soins palliatifs
Dr Revillon
Grâce à la technique du « balancing », transfert régulier du poids du corps.
Expérimentée sur les aires autoroutières, développée, éprouvée depuis les années 90 dans différents domaines, métro, entreprise, événementiels (chaque année cinq à six cent massages sont dispensés aux Salon Européen Infirmier), cette méthode se pratique maintenant dans de nombreux centres hospitaliers.
Aujourd'hui, les soignants qui ont été formés au toucher-massage s'autorisent enfin à l'utiliser entre eux. Demain les hôpitaux auront tous des espaces détente, des endroits de ressourcement, de convivialité et développeront la Pause-massage®.