En 1968, on écrivait sur les murs : « Faites l’amour, pas la guerre. »
Aujourd’hui, alors que les armes parlent fort, face aux conflits qui déchirent le monde,
je lance un nouvel appel :
"FAITES DU MASSAGE, PAS LA GUERRE !"
ou si vous préférez
Parce que le toucher apaise, relie et rappelle ce que nous avons en commun : notre humanité. Parce qu’un monde plus doux commence par des gestes de paix…alors célébrons le toucher, la présence et la rencontre plutôt que la violence.
Oui voici venu le temps de FÊTE « FAITES DU MASSAGE, PAS LA GUERRE !».
Utopique, l’idée d’un monde où l’on se comprendrait mieux grâce au toucher ? Peut-être. Mais les expériences de terrain montrent qu’un simple échange de massage peut déjà transformer une relation, apaiser une tension et ouvrir un nouvel espace de dialogue.
À travers plusieurs décennies d’expériences auprès d’adultes, d’enfants et de groupes, je veux partager avec vous une conviction : le toucher bienveillant est un langage universel qui permet de dépasser les barrières, les préjugés et les conflits pour retrouver une relation plus humaine, qui désarme l’agressivité et rend possible une autre rencontre de l’autre.
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Alors chers toutes et tous qui pratiquaient le massage pour détendre, décrisper, donner du plaisir ; bravo ! Mais n’oubliez pas que le massage est plus qu’un geste de bien-être.
Et s’il devenait un outil de lien social, capable d’apaiser les tensions et de rapprocher les êtres humains ?
C’est ce dont je vais vous parler ici.
Le toucher et le massage, un même puissant antidote pour apaiser les conflits !
Il y a déjà quelques bonnes années, lors d’un salon professionnel à Paris, une situation conflictuelle m’a profondément marqué. Quelques jours auparavant, une violente dispute avait opposé au téléphone, au bureau de mon école, Véronique, ma secrétaire, à l’un de nos fournisseurs. Les échanges avaient été vifs, les tensions fortes. Pour essayer d’apaiser les choses, j’ai alors proposé à ce monsieur de venir me rencontrer au salon.
Il est effectivement venu.
Mais avant même les présentations, je l’ai invité à s’installer sur la chaise de massage. Et j’ai demandé à Véronique qui ne le connaissait pas de visu, de lui faire une séance de massage sur chaise.
L’homme reçoit donc son massage (1).
Quelques minutes plus tard, il se relève les cheveux en bataille, visage détendu, sourire,
regard adouci. Et s’adressant à Véronique : « Je n’ai jamais reçu un massage comme ça. Ça m’a vraiment fait du bien. Vous êtes charmante, franchement merci. »
C’est alors, avec un petit sourire que je fais les présentations.
Les deux éclatent alors de rire.
Je ne sais pas s’ils sont devenus les meilleurs ami.es du monde par la suite. Mais une chose est certaine : ce jour-là, quelque chose s’était déplacé. Le conflit latent s’était dissous. Une autre perception de l’autre était redevenue possible.
Et moi, j’ai compris profondément la puissance du massage bien-être pour apaiser les
tensions et transformer les rapports humains.
Le toucher change notre rapport à l’autre
Au fil de mes formations et de mes expériences, j’ai souvent proposé des échanges de massage, « en aveugle », afin que les participants puissent se rencontrer sans les filtres habituels : profession, statut social, apparence ou préjugés.
Et presque toujours, le même phénomène apparaissait : quelque chose d’authentique naissait.
Quand deux êtres humains se touchent (sans violence), leur relation change immédiatement et s’installe sur un mode authentique.
Le toucher crée du lien ? Oui, et je n’invente rien.
Il diminue les tensions, désarme l’agressivité et ouvre un espace de confiance.
Notre toute première expérience humaine est d’ailleurs celle du contact ; Le bébé découvre et le sentiment de sécurité que lui procure la présence « touchante » de sa mère.
Le toucher n’est donc pas un simple geste. Il est un langage fondamental.
Le massage : une pratique relationnelle à développer
Dans tous les groupes de massage que j’anime, j’entends régulièrement la même phrase
revenir : « Ah, on a eu de la chance, le groupe a tout de suite bien fonctionné. On s’est vraiment bien rencontré ! »
Et je pensais intérieurement : « non, ce n’est pas seulement de la chance. C’est le toucher/masser qui a permis cela ».
Aujourd’hui, je vais même plus loin. Je pense que nous possédons là, un « outil » trop peu connu , un outil, un formidable antidote aux conflits humains.
Dans mon premier livre « Le massage douceur », en 1986, j’écrivais déjà : « Si le monde entier se massait, il n’y aurait plus de guerre. ».
Bon, bien sûr, ce n’est qu’imaginaire. Mais les utopies ont parfois une fonction utile, elles obligent à réfléchir.
Évidemment, le massage n’est pas le seul chemin possible pour un « mieux-vivre-ensemble ».
La danse, le chant choral, le théâtre impro, le sport collectif aussi, bref toute activité qui permet de créer du lien autrement que par les discours et les étiquettes sociales.
Mais le massage possède quelque chose de plus (2) : le toucher.
Un toucher bienveillant.
Un toucher qui fait du bien immédiatement.
Un toucher qui invite à ralentir.
Un toucher qui engage profondément la confiance.
Un toucher qui crée une relation sans masque et nous permet à rencontrer l’autre autrement.
C’est sans doute ce qui en fait à la fois le charme, la puissance et l’utilité sociale.
Dès l’école, apprendre à mieux se rencontrer ?
Pendant des années, j’ai développé cette approche dans mes stages et formations, souvent
sous forme ludique, presque comme un jeu, car le jeu permet d’entrer dans la relation sans
peur. J’ai pu observer ces mêmes phénomènes chez les enfants.
En 1988, j’introduit le massage à l’école.
Je me souviens de Nicole. S, l’institutrice qui au cours de l’atelier m’avoue toute surprise :
« Je n’ai jamais vu ces deux garçons comme ça. D’habitude ils perturbent la classe et
passent leur temps à se disputer. Là, les voilà, allongés au sol, se procurant du bien-être, l’un à l’autre, apaisés, presque endormis. »
Cette scène m’a profondément marqué et m’a convaincu d’une chose. Si avec le massage et grâce à cette démarche relationnelle avec les enfants, certaines violences, discriminations, idées reçues ou tensions peuvent diminuer, alors cela doit nous interroger collectivement.
Avec plusieurs enseignants, nous avons développé des expériences concrètes en classe et proposé que cette approche puisse être davantage expérimentée dans l’Éducation nationale.
Avec Claude et Martine T. notamment, tous deux à l’époque instits, nous avons développé des
applications concrètes dans les classes.
J’ai écrit à plusieurs ministres de l’Éducation nationale pour proposer des formations
expérimentales destinées aux enseignants. Je voulais simplement qu’on essaie.
Je suis même monté au Ministère de l’Education Nationale dès les années 2000 - avec Gérard F. prof d’EPS qui connaissait les rouages de cette grande institution - pour défendre ce projet. En vain !
L’objectif n’était pas d’ajouter une nouvelle matière, mais simplement d’apprendre et se côtoyer autrement, par la relation, la confiance et le respect de l’autre.
Car si nous voulons une société plus égalitaire, plus bienveillante, plus joyeuse, en un mot plus relationnelle, alors tout commence à l’école.
Le massage devrait faire partie intégrante de l’éducation, au même titre que le sport et les activités artistiques ; ainsi multiplier, encourager, toutes les activités qui créent du lien humain plutôt que d’accumuler des savoirs qui, parfois, ne serviront jamais à mieux-être-ensemble.
Quand le massage crée des rencontres improbables
Début 2000 le centre social de La Fontaine d’Ouche, banlieue populaire de Dijon, nous a sollicités pour intervenir auprès de jeunes en difficulté.
Leur équipe avait entendu parler de mon école, des différentes interventions que nous avions faites dans d’autres centres, et souhaitait organiser un atelier à l’occasion des journées nationales « Prends ta vie en mains ». Tout un programme !
Impossible pour moi de refuser. C’était une occasion rêvée d’introduire le massage là où personne ne l’attendait.
À la satisfaction générale, Yves B., Jacqueline T., et moi-même avons d’abord réalisé des massages sur ces jeunes et très vite nous leur avons proposé de se masser entre eux sur les chaises.
Au départ, quelques rires gênés, quelques résistances. Puis progressivement, la surprise : des jeunes qui ne se seraient jamais rapprochés autrement, échangeaient un moment de confiance et de respect.
Et voir ces adolescents, souvent bravaches et machos, habitués à afficher une certaine dureté échangeant des massages - et avec des filles timides et réservées - se retrouvant ainsi dans une relation simple et humaine, c’était presque surréaliste.
Quelques rires nerveux au départ, puis la magie a opéré : détente, confiance, complicité.
Le directeur rayonnait. Son établissement, d’ordinaire si discret, faisait parler de lui.
Le journal de Dijon « Le Bien Public » nous gratifia même d’un joli article :
« S’intéresser aux jeunes, leur donner la possibilité de découvrir autre chose, de communiquer autrement, loin de leurs loisirs habituels, bravo à l’équipe Savatofski ! »
Mais la fierté fut de courte durée.
À peine l’encre sèche que la lettre d’intimidation habituelle arrivait, sur le bureau du directeur, signée des mêmes indécrottables détracteurs : Fédération des masseurs-kinésithérapeutes.
Et, dans la foulée, plus de nouvelles : téléphone muet. Savatofski devenu persona non grata !
Alors quoi, « vous-grand-directeur-de-centre-Social » vous ne saurez repousser la horde des kinés ?
Le courage, décidément, n’est pas donné à tout le monde.
« On se masse ? » : une réponse simple aux tensions
Il est d’ailleurs des lieux heureusement aujourd’hui et un public qui a compris l’intérêt de ses échanges.
Dans la vie quotidienne le massage pourrait ainsi devenir un outil précieux.
Françoise B (3). livre un exemple personnel : « Lorsque, dans mon travail, je sentais accumuler des pressions de toutes sortes, je m'échappe vers quelqu'un.e, pour lui faire un massage de quelques minutes de la main. Le fait de "casser la cadence" m'oblige à souffler, à ralentir le rythme, à faire une pause. Cela procure évidemment du bien-être à l'autre, mais tout autant à moi-même. Ce temps de massage me permet également de quitter mon mental et de passer à l'action détendue ».
Moi-même dans ma vie personnelle j’applique souvent cette règle simple quand les tensions
apparaissent : « On se masse, ok ? »
Cela peut sembler naïf. Pourtant, cette proposition fonctionne parfois mieux que de longs discours. Alors, pourrait-on parler ici de toucher réparateur, transformateur, pacificateur ? Je le crois. D’ailleurs, le massage n’est parfois qu’un prétexte. Car il est bien plus difficile de dire : « Echangeons du toucher pour nous calmer ». Le mot massage rend alors cela acceptable socialement.
Une autre culture relationnelle est possible
Notre société accorde une place immense à l’intellect, aux arguments, à la réflexion. Mais nous oublions parfois que nous sommes aussi des êtres de relation et de sensation.
Pour apprendre à mieux vivre ensemble, il faut parfois sortir des étiquettes.
C’est pour cette raison que, dans mes stages, au début, je ne demande jamais aux participant.es de se présenter par leur profession ou leur statut social.
Je ne souhaite pas qu’elles ou qu’ils se rencontrent d’abord à travers leur carte d’identité sociale.
Le psychiatre, l’aide-soignant.e, la cadre supérieure, le commerçant, l’etudiant.e, le sportif, le prêtre ou la psychologue doivent pouvoir se rencontrer sans étiquette.
Autrement ?
Oui, d’abord par la confiance. Par le jeu. Par le contact corporel.
Comme les enfants lorsqu’ils jouent ensemble.
Évidemment, cela suppose une autre manière d’être au monde. Une autre culture relationnelle que celle imposée par le règne de l’intellect qui prévaut dans notre société en particulier.
Ce n’est pas forcément facile. Cela demande un cadre, une pédagogie, une sécurité… peut-être un art de faire ? Mais les résultats sont là.
Une utopie à cultiver
Alors si vous me permettez, j’aimerais ajouter encore une touche d’utopie.
Imaginez les ennemis géopolitiques de la planète, se retrouvant lors d’une réunion de l’ONU par exemple, la première chose que je proposerais aux chefs d’État serait d’enlever leurs costumes, d’enfiler des survêtements… et de participer à une séance collective de massage. Bon ok, restons modestes, au moins avec les 5 membres (tous des hommes !) permanents du Conseil de Sécurité ? Un bon remède à cette masculinité toxique qui bien souvent domine les décisions ? Peut-être parleraient-ils ensuite du monde différemment.
C’est d’actualité, non ?
Mais avant de changer le monde, limitons notre rayon d’action, commençons par notre propre environnement : nos familles, nos équipes, nos écoles, nos quartiers.
Ainsi, après toutes ces années d’expérience et d’observation, je reste convaincu d’une chose : Si nous voulons une société plus solidaire, plus communicante entre les êtres humains, alors je ne peux qu’encourager cette pratique bienveillante et d’amour.
- Allez Hop, on se masse !.. Ca va nous faire du bien !
Notes
(1) Oui, car dans mon école, le personnel administratif, les collaboratrices étaient en général
aussi initiés au massage ; une façon d’être cohérent avec ce que nous défendions.
(2) L’évolution du massage en France a été lente. D’abord reconnu essentiellement comme musculaire, il a peu à peu obtenu ses lettres de noblesse comme moyen de détente et bien-être de la personne.
Depuis je lui donne une place plus sociologique comme facteur de changement des relations interpersonnelles
(3) Formatrice Toucher massage, cadre soignante, autrice
Au début des années 2000, tout était prêt avec mon école pour créer la Journée Nationale du Massage. J’ai pas été suivi, c’était sans doute trop tôt.

