Nouveau programme disponible le 21 septembre 2026
PRENDRE PLAISIR, ET SOIN DE SOI
La pratique du toucher-massage… détend massé(e) et masseur(euse)
Dans les salons Bien-être, Nature, Médecines alternative, on rencontre toutes sortes de gens. Il y a les curieux, les incrédules, les dubitatifs, il y a ceux, celles qui critiquent tout, et ceux, celles de « la ballade du dimanche » » et puis il y a ceux, celles qui interrogent, qui veulent comprendre.
Ce jour-là, je suis au Salon Médecines douces qui se tient chaque année début février, porte de Versailles à Paris. Une dame d’un certain âge, à la retraite, et sans doute anciene soignante m’interpelle, très intéressée par l’animation massage sur chaise, qu’elle observe depuis un certain temps sur le stand de l’école.
- Je vois que vous présentez le massage comme un remède contre le stress. Mais n’est-ce pas le cas de tous les massages, pour toutes les personnes tendues ?
- C’est vrai, mais dans le document que vous avez entre les mains, je parle aussi des bienfaits du massage pour celui ou celle qui le pratique. Je parle de détente, de récupération, et de réduction de leur stress.
- Ah bon ? Vous voulez dire que masser peut aussi détendre le masseur ?
- Absolument. Nous avons constaté que la pratique du massage détend autant celui qui donne que celui qui reçoit.
- Pourtant, j’ai toujours entendu dire le contraire : que masser demande de la force, de l’énergie, et qu’à la longue, c’est épuisant.
- C’est souvent vrai… sauf si on utilise une méthode appropriée. Depuis plus de tente ans, dans notre école, nous enseignons une technique spécifique que nous appelons « le transfert du poids du corps ».
- Le transfert du poids du corps ?
- Oui. C’est une manière de masser sans effort, en utilisant le poids de son corps pour se « poser » sur la personne massée, sans tension. Chaque geste devient fluide, relâché. On ne pousse pas, on se laisse aller dans le mouvement.
- Je ne comprends pas très bien.
- Tenez, regardez bien les deux stagiaires qui sont en train de masser. Vous voyez, on n’a pas l’impression qu’elles pressent le dos, elles se posent plus ou moins avec le poids de leur corps alternativement à droite puis à gauche sur le dos de la personne. On a presque l’impression qu’elles se reposent en même temps, non ? En fait au lieu d’utiliser la force des bras, elles laissent le poids du corps faire le travail. Voyez, le corps légèrement en déséquilibre se pose relâché sur le dos de la personne, à chaque expiration, ce qui donne au geste une qualité naturelle, rythmé, presque dansée. On ne travaille jamais en force, mais avec relâchement.
- Jamais vu çà !
- Et pourtant ! Des centaines de personnes formées chez nous ont adopté cette technique. Et pour la plupart, ça a complètement transformé leur manière de masser.
- D’accord, mais comment apprend-on ça ?
- Ce n’est pas si simple. Parce que nous n’avons pas l’habitude de nous « poser » sur quelqu’un. En particulier dans les métiers de soins, où l’on se sent souvent responsable et en soutien permanent. C’est pourquoi nous pratiquons dès le début des formations, des exercices pour intégrer ce réflexe gestuel, ce rapport au corps de l’autre. Je me suis beaucoup inspiré notamment de la danse contact.
- Ah oui, je vois. Mais est-ce qu’on ne ressent pas une forme de culpabilité ? Après tout, c’est le client qui paie, et c’est le praticien qui en tire autant de bénéfices.
- (rire !) C’est drôle que vous me dites cela, car la personne massée ne sait rien. Ce qu’elle perçoit, c’est une impression d’un toucher fluide, bien dosé, sans à-coups, et une présence du praticien(ne) détendu. Et franchement, moi, quand je vois un médecin, ou l’infirmière aiguille à la main pour une prise de sang, détendu(e)s, je suis plutôt rassuré !
- Mais vous n’avez jamais eu de remarque à ce sujet ?
- Jamais. Pourquoi en aurait-on ? Le bénéfice est immédiat pour la personne massée. Et je pense qu’elle est contente de sentir que son corps ne donne pas de soucis, n’épuise pas celui ou celle qui la masse.
- Et cela suffit à éviter la fatigue chez la praticienne ?
- C’est une partie de l’histoire. Il y a autre chose : quand on fait du bien à quelqu’un, qu’on voit son visage détendu, qu’on reçoit un merci sincère, un sourire, et bien on recueille ce qu’on appelle un stroke positif. C’est comme une caresse symbolique, si vous voulez, qui nourrit l’estime de soi. Et ça… je vous garantis, ça donne de l’énergie !
- Donc pour vous, le plaisir est un moteur ?
- Exactement. Tout le monde pense que pour lutter contre la fatigue, il suffit de se reposer prendre des médocs. Mais souvent, c’est le plaisir, l’émotion positive, la joie, qui régénèrent le plus. Vous pouvez prendre toutes les vitamines du monde, si vous êtes déprimé(e) vous resterez fatigué(e). Mais une bonne nouvelle, une rencontre, peuvent vous redonner la pêche en un instant. Ce n’est pas une théorie, c’est une expérience commune que nous vivons tous les jours, non ?
- Et vous avez toujours pensé cela ?
- Non. Au début, après mes études de kiné, je constatais simplement que mes massages faisaient du bien aux autres. Mais avec l’expérience, les témoignages de mes élèves, des praticien(ne)s que nous avions formé(e), j’ai fini par accepter qu’on puisse s’occuper de l’autre tout en se faisant du bien à soi-même et de le défendre fermement.
- Ce n’est pas une idée très courante dans le monde soignant.
- C’est vrai. Pendant longtemps, on n’osait même pas prononcer le mot plaisir, ni pour le patient, et encore moins pour le soignant. « On n’est pas là pour prendre du plaisir, mais pour aider ». Et si j’avais défendu ça à l’époque, on aurait pu remettre en question ma pratique ou même penser que ce que je faisais était plus que douteux ! Mais au fil du temps, ces idées ont pris forme. J’ai rencontré d’autres formateurs qui partageaient cette vision….
Mais le mieux, madame, c’est que vous essayez vous-même. Christelle, là-bas, va vous masser et ensuite si vous voulez je vous invite à appliquer vous-même quelques gestes sur son dos…
Ca n'a pas toujours été le cas
Je venais tout juste de terminer mes études de kiné lorsque, lors d’une conférence, quelqu’un m’a posé cette question :
— Monsieur Savatofski, honnêtement... le massage, est-ce que ça fait maigrir ?
— Oui.
— …!!!
— Oui, mais… seulement le masseur !
J’avais répondu sans hésiter. En effet, à la sortie de l’école, j’ai aussi pratiqué quelques massages dits « amaigrissants », utilisant le palper-roulé ou les pétrissages, techniques exigeant semblait-il une certaine puissance et énergie. D’ailleurs, on nous avait bien fait comprendre à l’école que « masseur » était un métier physique, exigeant force et endurance, bref, un métier d’homme.
Lors de ma deuxième année, j’avais choisi de faire un stage pratique à l’INSEP.
En plein cœur du bois de Vincennes, l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance, L’INSEP, un des plus grands centres mondiaux d’entraînement olympique et centre sportif, accueille les athlètes de haut niveau.
Un kiné m’a demandé de détendre les jambes d’un champion, probablement un lanceur de disque, mais son nom m’échappe aujourd’hui.
Pour faire bonne impression, je me suis jeté à corps perdu sur ses cuisses impressionnantes. Du béton ! Et vas-y, que je te les pétrie, que je te les presse, que je te les malaxe dans tous les sens. Mais avec mes petites mains, j’avais l’impression de ne rien faire.
J’étais David face à Goliath.
Lui, allongé sur la table, ne réagissait pas du tout.
Après 45 minutes de massage intensif, à peine sorti de la salle, j’ai commencé à tourner de l’œil. Épuisé, littéralement vidé. Trop donné, trop forcé ?
Et je me suis alors demandé : suis-je vraiment fait pour ce métier ?
D’un massage en force… à un massage reposant !
C’est donc bien quelques années plus tard, à travers ma découverte du massage californien, du shiatsu, et de mon travail auprès des personnes âgées, et du travail de développement personnel, que j’ai compris qu’on ne parlait pas de la même chose.
En tout cas pas du même massage.
Il m’a fallu d’abord me dégager de tout ce que j’avais appris, des idées reçues et prendre confiance en moi.
J’ai alors commencé à entrevoir une autre voie.
La force n’était pas utile. `
J’ai compris qu’en utilisant des principes simples comme le transfert du poids du corps et l’expiration consciente, on pouvait masser sans fatigue et même en se détendant soi-même. Une révolution !
Prenez l’expiration, par exemple. Avez-vous remarqué que les enfants soupirent parfois en classe ? Ils se font souvent gronder pour cela, alors qu’en réalité, ils cherchent simplement à se relâcher.
Et vous êtes-vous demandé pourquoi tous ces enfants se mettent à pousser un cri quand ils sortent à la récréation. Les sportifs, eux, expirent juste avant un effort ou un geste de précision : le cri du lanceur de disque, la frappe du tennisman, le sauteur en longueur ou encore le bucheron frappant avec sa hache... Expirer, c’est se libérer, se relâcher.
C’est pourquoi, dans nos formations, nous encourageons toujours l’expiration quand on exerce la manœuvre, l’inspiration quand on la relâche… et non le contraire.
A titre d’exemple réaliste, je conseille souvent aux soignant(e)s stressé(e)s, qui courent dans les couloirs dans l’hôpital, alerté(e)s par la sonnette d’un(e) patient(e), de s’arrêter deux secondes devant la porte de la chambre et de soupirer avant d’entrer (et je rajouterai de laisser tomber les bras). C’est simple, naturel, et pourtant si efficace.
Le PDC, le Transfert du Poids du Corps : la clé du massage durable
Ainsi l’un des fondements de la pédagogie de ma méthode est le transfert du poids du corps, essentiel pour masser sans se fatiguer. Cette gestuelle (1) particulière, permet d’exercer des pressions en profondeur avec douceur, fluidité et une certaine aisance. Le mouvement du corps suit alors une alternance sur l’expir, le geste d’action (pression, glissement...), et sur l’inspire, le retour léger.
Ce rythme respiratoire et corporel rend le geste du toucher-massage à la fois efficace, reposant et harmonieux. Il allie fermeté et douceur, endurance et aisance.
C’est la technique de base de ma méthode.
(1) La gestuelle (Je n’emploie pas trop le mot « posture » car, souvent, la connotation, l’interprétation et le sens du mot « posture » donnent une idée de position fixe, figée.