Nouveau programme disponible le 21 septembre 2026
VOUS AVEZ DIT « PAUSE ACTIVE » ?
… Où comment se faire du bien, tout en prenant soin de l'autre
Quand j’ai développé le toucher-massage et commencé à encourager les soignant(e)s à passer un peu de temps à masser, cajoler, toucher leurs patients selon leurs besoins, cette cause a été assez vite entendue. Mais j’ignorais alors les conséquences positives pour le soignant lui-même. Qui aurait cru qu’un jour, le massage « outil » de détente, de ressourcement et de réduction du stress... le serait tout autant pour le praticien lui-même ? Je commençais à entrevoir les conséquences très positives pour le/la soignant(e) lui-même. Mais tout cela n’a pas été facile à faire accepter, vaincre les obstacles, les interdits et les idées reçues, surtout dans le monde du soin. Pendant longtemps, dire qu’un soin pouvait faire du bien au soignant et défendre le slogan : prendre soin de soi pour mieux prendre soin de l’autre, était quasi une hérésie. Le soin devait être un acte désintéressé, fait de don de soi, d’abnégation, voire de sacrifice. Heureusement, on n’en est plus là !
Bien sûr, améliorer les plannings, faire appel à des ergothérapeutes pour optimiser le confort, renouveler le matériel ou encourager la communication interpersonnelle sont des démarches importantes.
Mais souvent, un simple geste peut tout changer : Prendre la main d’une personne en fin de vie pour lui offrir un massage doux… permet au soignant(e) d’être avec sa patiente, pleinement présent(e), détendu(e) à ses côtés, dans un climat de confiance et de respect.
De même masser un dos endolori par des draps trop rêches ou une immobilité trop longue… procure ce sentiment gratifiant d’avoir « fait du bien ». Appliquer une crème sur le visage d’une personne âgée… redonne du sens à la fonction de soigner.
Combien de fois les familles ou les malades eux-mêmes demandent maintenant un massage pour s’endormir, pour se calmer, pour apaiser leurs angoisses !
Ces demandes résonnent comme des rappels puissants du rôle essentiel du soignant, de son utilité, et de sa liberté de son agissement avec bienveillance.
Ces gestes simples, rapides, mais profondément humains, permettent aux soignant(e)s de rester aligné(e)s avec leurs valeurs. Ils/elles peuvent ainsi créer un espace/temps pour des actions bienfaisantes, sans attendre une prescription médicale et qui leur soit tout autant bénéfique
« Il faut oser prendre du temps pour soi…, nous dit Francoise Boissières(1), …pour permettre d’être en mesure d’offrir des instants privilégiés à l’autre ».
Ainsi au travers de nos initiations nous avons permis aux soignant(e)s de découvrir, d’accepter, et d’encourager le toucher-massage comme une véritable pause ré-créative. Je l’ai définie : ce sera la « Pause Active ».
- Je ne pensais pas que j’aurais autant de plaisir à masser. Je ne fatigue pas. Je sens que ça apporte beaucoup aux patients. Et moi, ça me donne la pêche.
Ce type de « retour », nous l’avons entendu maintes fois. C’était pour nous le meilleur des compliments
Ainsi, nous pouvons affirmer aujourd’hui, quand le (la) soignant(e) est continuellement accaparé(e) par ses multiples tâches quotidiennes, qu’elle ne peut se permettre aucune pause en dehors de repas (rapidement avalés), quand parfois la dépression le (la) gagne à force d’impuissance à guérir, à soulager, et quand, de surcroît, cela ne se passe pas bien au niveau de l’équipe, la pratique du toucher-massage (que ce soit avec les malades ou entre soignants) est sans doute l’un des meilleurs antidotes du stress et de la fatigue ainsi générés.
Cette pratique étant en outre très créative, individualisée et unique, elle s’inscrit comme un acte fortement valorisant pour le (la) soignant(e), qui donne du sens à son travail et y trouve du plaisir. Détendu(e), il ou elle vit ce moment privilégié comme un vrai partage avec le (la) patient(e) !
Témoignage de terrain
Le parler franc d’une cadre infirmière en gériatrie, Sophie P., formée au toucher-massage fait écho aux très nombreux témoignages de soignant(e)s :
« Je prends une demi-heure chaque jour que je peux et… en début d’après-midi, pour masser deux ou trois patients. Je demande à mon équipe de ne pas me déranger. Ce moment me ressource et quel bonheur pour le malade ! Je leur masse les pieds, les jambes, les lombaires…»
Bienfaits pour l’institution elle-même
De même, si les formations au toucher-massage ont pour but d’apporter des compétences au niveau individuel, elles ont un effet bien au-delà du bien-être personnel des soignant(e)s et des patients. « La pause active », ce moment gratifiant, qui génère une diminution du sentiment de routine et une motivation forte, a des répercussions très favorables sur le fonctionnement et l’efficacité de l’institution elle-même : Sans doute une baisse de l’absentéisme (à vérifier), en tout cas l’amélioration de la qualité des soins, le bonheur ressentit, le renforcement du lien d’équipe, la valorisation de l’institution.
Le Dr Loïc Revillon, médecin en unité de soins palliatifs, en témoignait :
« Après avoir été initié au toucher-massage, il m’est apparu intéressant de le proposer à mes équipes soignantes et bénévoles travaillant dans le cadre de l’USP du centre hospitalier. , ce sont aussi la qualité des échanges et des relations humaines entre soignants et l’esprit d’équipe qui se sont trouvés renforcés".
En ce sens, c’est cette singularité que nous défendions au sein de l’école : Enseigner le toucher massage, non plus comme un simple soin corporel, mais comme une pratique relationnelle, ressourçante, bénéfique pour tous. Une pratique qui donne du plaisir, du sens, et de l’humanité au soin.
À propos du stress et du burn-out
Ma rencontre avec Françoise Boissières, alors infirmière, est venue conforter mes convictions. Déjà formatrice sur le stress et la relation d’aide, elle en maîtrisait les mécanismes psychologiques et enseignait le sujet avec une approche didactique, enrichie de mises en situation. Mais elle ignorait tout du massage comme « outil » anti-stress.
Françoise suivit la formation dans mon école et, très vite, se mit à pratiquer le toucher-massage. Là, je crois qu'elle comprit avec son corps ce que les mots seuls ne pouvaient transmettre : parfois, le corps sait mieux que l’esprit.
Elle prit conscience qu’il existe d’autres moyens pour faire face au stress, notamment par le toucher. Les effets bénéfiques furent rapidement visibles : un travail plus détendu, plus agréable, plus créatif, et surtout, une protection réelle contre l’usure professionnelle à laquelle les soignants sont si souvent confrontés.
- Tu sais, me disait-elle, les conditions de travail du personnel soignant, combinées aux exigences émotionnelles de la relation d’aide, demandent énormément d’énergie. Mais cette énergie n’est pas inépuisable. Il nous appartient de prendre les dispositions nécessaires pour la préserver. Avec le temps, à force de forte implication personnelle, elle finit par s’épuiser. Et lorsque cette réserve est vide, c’est là que le SEPS (2) — ou « burn-out » — peut apparaître.
Alors, pourquoi ne pas réserver, au sein des équipes soignantes, un temps dédié à ces échanges pratiques et ludiques d’intégrer, dans la journée, de petits moments de récupération pour réduire le stress. En dehors des automassages ou exercices qui demandent déjà un certain effort ces gestes simples, de massage minute, prodigués entre soignants, offrent une halte bénéfique pour ralentir, souffler, reprendre son souffle… et créer du lien.
Ces techniques « minutes » ont été conçues pour détendre et éliminer les tensions en quelques instants, accessibles à tous. Pratiquées entre soignants, elles constituent aussi un excellent entraînement aux gestes destinés aux patients.
Mais leurs effets vont au-delà : elles instaurent un climat de confiance, réduisent les tensions, voire les conflits, au sein de l’équipe, et renforcent la cohésion.
J’ai d’ailleurs déclaré un jour, lors d’une conférence :
« Si tout le monde s’échangeait des massages, il n’y aurait plus de conflit, plus de guerre ! »
A méditer.
Ce qui faisait sourire, voire grincer des dents, autrefois, commence aujourd’hui à être mieux accepté.
Françoise partageait volontiers mes propos et me fis part de ses propres expériences :
Lorsque, dans mon travail, je sentais la pression monter, je me dirigeais vers quelqu’un pour lui faire un massage de la main, quelques minutes seulement. Le fait de « casser la cadence » m’obligeait à ralentir, à souffler. Cela procurait du bien-être à l’autre et à moi-même. Ce temps de mini-massage me permettait aussi de quitter mon mental et de passer à l’action.
Devenue une défenseuse acharnée du toucher-massage comme outil de prévention contre le stress, la fatigue, la déprime et le burn-out, Françoise m’a confié que sa découverte de notre école avait été une véritable révélation :
- La pratique du toucher-massage s’inscrit pleinement dans la prévention du burn-out, me dit-elle
Elle n’a cessé de nous alerter sur la réalité : plus d’un soignant sur quatre a déjà été confronté au burn-out au cours de sa carrière. Ce syndrome d’épuisement professionnel, à la fois physique et psychique, résulte souvent de situations stressantes non reconnues, étouffées ou ignorées.
Aujourd’hui plus que jamais, quand le soignant est accaparé par une multitude de tâches, qu’il ne peut prendre de pause en dehors d’un repas vite avalé, qu’il se sent impuissant à guérir ou soulager, et que les relations d’équipe se tendent, le toucher-massage, pratiqué avec les patients comme entre collègues, demeure l’un des meilleurs antidotes au stress et à la fatigue.
Créative, individualisée et unique, cette pratique valorise le soignant, redonne du sens à son travail et transforme le soin en un véritable moment de partage.
Il y a même, parfois, des effets surprenants.
Sandrine, formatrice expérimentée de notre école, souffrait de douleurs dorsales persistantes. Elle avait tout essayé : ostéopathie, traitements, exercices… rien n’y faisait. Et pourtant, dès qu’elle commençait à masser, ses douleurs s’estompaient, parfois jusqu’à disparaître. Comme si, en procurant du bien-être aux autres, elle s’en offrait à elle-même.
Ce phénomène n’est pas isolé : plusieurs praticiens témoignent de cette sorte d’« anesthésie naturelle », où le plaisir de donner, de soigner, d’être pleinement présent à l’autre, agit comme un antidouleur.
Le corps semble entrer dans une autre logique, où l’attention portée à autrui répare, même momentanément, ce qui fait mal en soi.
Un remède naturel qui ne dirait pas son nom ?
À méditer aussi.
Vous avez dit : qualité de vie au travail ?
Ah, la qualité de vie au travail, (QVT) ! Voilà de « grands mots » qui résonnent aujourd’hui dans toutes les entreprises. Ce concept, apparu dans les années 2000, n’a cessé de prendre de l’ampleur, au point qu’il est désormais omniprésent : affiché dans les plaquettes de présentation, inscrit dans les chartes RH, utilisé comme gage de sérieux et de respectabilité par les organismes de formation.
Notre école, bien sûr, n’a pas ignoré cet élan, que je juge sincèrement louable. Pour autant, je refuse de réduire la QVT à un simple levier de performance.
Ce n’est pas et ça n’a jamais été dans mes valeurs, ni dans celle des personnes qui m’accompagnent depuis des années.
Pour moi, la qualité de vie au travail, on la défend depuis toujours, simplement parce qu’on s’intéresse d’abord à la personne, à son bien-être, à sa détente, quelle que soit la situation. Pourquoi pas dans l’entreprise, donc ?
Et d’abord, dans la mienne, mon école, où il serait difficile de dire que le stress était roi.
Le Massage Assis, une technique fondatrice du Bien-être en entreprise
Dès les années 1990, après l'expérience des massages sur les aires d'autoroute, nous avons commencé à introduire le massage assis en entreprise.
Cette technique spécifique, pratiquée sur chaise ergonomique, est parfaitement adaptée aux besoins des salariés : relâchement des tensions, régulation du stress, dynamisation du corps et de l'esprit. Elle respecte également les contraintes des institutions : peu d’espace, peu de temps, peu de moyens.
Mais au-delà de la détente immédiate, notre intention était de faire émerger une prise de conscience aux salarié(e) et si possible à la direction : prendre le temps, ralentir, se poser, penser à soi, pour prévenir le surmenage, éviter le mal-être au travail et améliorer la qualité des relations interpersonnelles et professionnelles.
Bien sûr, l'amélioration des conditions de travail a un impact positif sur la motivation, le bien-être et, inévitablement sur la performance.
Mais ce n’est pas uniquement une affaire de mobilier ergonomique, de machines à café dernier cri ou de fauteuils confortables dans une salle de pause. C’est sympa, mais trop souvent du bricolage, voire une illusion.
Le Sens, la Reconnaissance, l’Autonomie
La véritable qualité de vie au travail doit aller bien au-delà. Elle touche au sens du travail, à la reconnaissance reçue de ses supérieurs et collègues, à la possibilité d’autonomie et à la responsabilisation.
Il s’agit, il me semble, d’un équilibre subtil entre le confort matériel et l’épanouissement psychologique.
Depuis 1986, nous formons des praticiens en massage assis qui ont expérimenté avec succès cette approche dans l’univers de l’entreprise.
Forts de leurs retours, nous avons affiné et enrichi notre méthode.
C’est ce qui m’a conduit à imaginer, créer un nouveau métier, ou du moins une nouvelle fonction : Praticien Animateur du Bien-Être au Travail (PABET), un acronyme qui se lit et s’entend « PAS BETE », une trouvaille dont je ne suis pas peu fière !
Une Formation Innovante et expérientielle
Bâtit en collaboration avec Françoise, la première formation PABET a vu le jour dans mon école en 2014. Elle reposait sur un pilier fondamental : le massage assis, accompagné d’autres techniques comme l’auto-massage, des exercices de détente, du travail corporel sur les émotions, du rire et du lien.
Cette formation, résolument pratique, visait une intégration par l’expérience personnelle, avec des mises en situation concrètes. Le travail sur le stress, émotionnel, relationnel, physique, intervenait naturellement, après avoir été vécu corporellement.
Notre objectif était clair : sensibiliser à l’importance du confort physique, à la régulation du stress et des émotions, tout en inscrivant notre action dans une démarche de prévention et de promotion du bien-être au travail.
Malheureusement, cette thématique n’a pas rencontré le succès espéré en termes de participation.
Ce fut pour moi une véritable déception, car leur mise en place s’inscrivait pleinement dans une démarche militante et correspondait aux valeurs fondatrices de mon école.
C’était un vrai défi que je voulais relever : donner aux salariés des outils pour réduire le stress et mieux faire face aux agressions verbales, aux conflits, au harcèlement moral et plus largement toutes les formes de maltraitance liées aux risques psychosociaux. Autant de facteurs qui nuisent gravement à la santé physique et mentale des employé(e)s.
À l'inverse, mon ambition était d'encourager le retour de l’empathie en entreprise, pour améliorer le bien-être de chacun et favoriser un vivre-ensemble plus harmonieux.
Mon programme était ambitieux… peut-être trop tôt.
Mais je ne suis pas naïf.
Alors par petits pas on avance quand même.
Profondément bouleversé de découvrir à quel point le mal-être en entreprise, renforcé par des pratiques managériales violentes, pouvait conduire jusqu’au suicide, en colère, j’ai même adressé mon programme au Ministère du Travail… mais je suis toujours dans l’attente d’une réponse.
Avec le recul, ce projet résonne aujourd’hui pour moi comme une sorte de prémonition, au regard de ce que mon équipe et moi allions traverser en 2023/2024, au moment et après la cession de mon école.
Au final, nous n’avons assuré qu’une seule session par an, sans parvenir à aller au-delà.
Insuffisant certes. Mais suffisant quand même au vu du succès de ces formations, et tout ce qu’elles ont pu apporter de positif aux stagiaires.
- Je ne croyais pas que j’allais pouvoir avoir des réponses aussi concrètes pour répondre aux besoins des personnes épuisées autour de moi. Ces outils en terme de prévention du burnout et le fait de mieux connaître ce syndrome m’ont permis d’aboutir à un projet professionnel que je vais mettre en place à l’hôpital dès cet automne.
C’est regrettable, car les besoins et la demande sont bel et bien présents. Étions-nous trop en avance ?
Ou notre communication était-elle trop discrète ?
Mais, au fond, peut-on vraiment s’aligner sur les stratégies marketing actuelles lorsqu’on défend le bien-être ?
Le Bien-Être à l’Hôpital : Un Engagement plus que légitime
Notre expertise nous a donc naturellement conduits à intervenir dans le secteur hospitalier, auprès des personnels soignants.
Pour répondre aux enjeux de prévention des risques professionnels, troubles musculo-squelettiques, épuisement, dépression, nous avons proposé nos services aux établissements de santé, souvent via les CHSCT.
Pour cela, Françoise a développé une session spécifique de spécialisation, « Bien-être au travail » pour les stagiaires engagé(e)s dans la grande formation de « Praticiens en relation d’aide par le toucher-massage ». Et dans le même temps nous mettions en place de véritables espaces de ressourcement, où le personnel pouvait prendre soin de soi.
Nos permanences « Pause Massage », déjà déployées un peu partout depuis plusieurs années, ont alors pris tout leur sens dans ce milieu du soin.
L’Écueil de la Théorie déconnectée du corps et de l’expérience intime.
Face à cela, de nombreuses formations sur la QVT donne toutes les connaissances nécessaires sur le sujet mais continuent d’ignorer le corps et l’apprentissage par l’expérience pratique.
On passe des heures devant un écran, à suivre un programme essentiellement didactique.
Reste que ma conviction est la suivante : tant que les dirigeants ne sont pas directement impliqués, tout cela reste en partie vain.
Les formations devraient s’adresser prioritairement à eux/elles.
Sans leurs prises de conscience, tout le reste n’est que "pipi de chat", comme on dit.
Heureusement les cadres soignant(e)s qui ne souffrent pas d’immodestie, ont compris cela depuis longtemps, puisqu’elles ont toujours rejoint en nombre nos formations.
(1) Cadre de santé, formatrice en relation d’aide et toucher-massage
(2)Comité d'hygiène de santé et des conditions de travail