top of page
Capture d’écran 2026-03-28 150541_edited

NAISSANCE D’UNE FEDERATION - 2005

Dès les années 1980, l’idée de se regrouper pour défendre et développer les massages bien-être me paraissait essentielle. À l’époque, les kinésithérapeutes ne nous embêtaient pas encore : pour eux, le massage n’était ni un art, ni une pratique dédiée au bien-être. Il était tout simplement ignoré. Aucun article sur le sujet dans les revues spécialisées, aucune mention dans leur pratique. Et puis, nous étions si peu nombreux.

À cette période, j’avais pris contact avec plusieurs écoles de kinésithérapie pour tenter de développer avec elles les massages bien-être, et surtout leur proposer une approche pédagogique bien différente de celle qu’elles dispensaient. Mon rêve ? Simplement leur faire aimer le massage. Peine perdue. L’accueil fut plutôt froid, tant du côté des écoles que de mes propres collègues.

- Cela n’intéresse personne. Le programme est déjà très chargé, nous avons d’autres compétences à développer, me répondit le directeur de l’école de masso-kinésithérapie de Dijon, que j’avais réussi à rencontrer après de nombreuses tentatives.
- « Masseur-kinésithérapeute »… drôle de titre pour des personnes qui n’utilisent pas le massage, lui répliquai-je, quelque peu agacé par son refus de m’accorder quelques heures - offertes, bien entendu - pour sensibiliser ses élèves au toucher-massage.

D’ailleurs, quelque temps auparavant, il avait déjà envoyé une lettre de pression à ma collaboratrice Jacqueline Thonet, qui venait d’ouvrir un cabinet de massage bien-être à Dijon, s’étonnant qu’elle puisse proposer de telles prestations sans être kinésithérapeute. Par la suite, il devint l’un des plus virulents détracteurs de mon activité. Ironie du sort : au début des années 2000, sentant le vent tourner, il fonda lui-même une « école de massage bien-être » non kinésithérapique, d’abord installée au sein même de son école !!

J’avais pourtant, depuis longtemps, cherché à faire évoluer ma profession de masseur-kinésithérapeute. Nous avions même créé, avec quelques collègues, Pascal Prayez, Sylviane Latouche et Patrick Michaud, l’association « Psy kinési », un espace de réflexion sur l’importance de la relation dans notre travail, avec l’ambition de faire évoluer les études de kinésithérapie. Là encore, l’intérêt fut limité. Nous avons peiné à faire vivre cette association pendant plusieurs années.

Au début des années 1990, lorsque les instances des kinésithérapeutes ont commencé à revendiquer un monopole en mettant en avant leur titre, l’idée m’est venue de fédérer tous ceux qui pratiquaient réellement l’art du toucher et du massage, kinésithérapeutes compris. J’y croyais encore.

J’ai commencé à déchanter en découvrant les nombreuses difficultés au sein même des écoles, ou pseudo-écoles, enseignant les massages et le développement personnel. Elles se multipliaient, chacune avec ses propres règles et ses références à de « grands maîtres » venus d’horizons exotiques… que personne n’avait jamais vus. J’y percevais trop souvent un mélange de pouvoir et de marketing déguisé, jetant un doute sérieux sur les valeurs réellement défendues.

Heureusement, j’ai rencontré les infirmiers, infirmières, aides-soignants et aides-soignantes. Eux m’ont immédiatement ouvert les portes de leurs écoles. Pragmatique, réaliste, ce milieu ne se « prenait pas la tête » et faisait preuve d’un véritable sens du partage, de générosité et d’humanité.

Quelques années plus tard, la menace d’un procès est apparue.

Les premières critiques isolées ont laissé place à des actions organisées : attaques verbales et écrites, insultes dans les lieux publics où j’exerçais, diffamations dans la presse, intimidations envers mes partenaires et assistants… jusqu’à ma mise en examen.

L’idée de créer une fédération avait déjà été évoquée lors de ma première rencontre avec Maître Isabelle Robard, une jeune avocate que l’on m’avait recommandée. À vrai dire, je ne savais pas vraiment ce qu’était une fédération ni à quoi elle pouvait servir. J’avais en mémoire l’image des syndicats de 1968, souvent déconnectés des élans spontanés de la jeunesse, et j’étais déjà en conflit avec mon propre syndicat de kinésithérapeutes… Alors, créer une fédération ? L’idée ne m’enthousiasmait guère.

J’ai toujours été réfractaire aux structures rigides et autoritaires, qui dictent des règles et finissent par se refermer sur elles-mêmes. En revanche, face à la quasi-inexistence des massages bien-être, relégués à une pratique presque clandestine, j’ai créé une association de défense et de promotion : « Demain les massages ». Elle a fonctionné pendant trois ans.

À l’annonce d’un éventuel procès 1), tout s’est accéléré.

Cathy R., infirmière et formatrice dans mon école, profondément affectée par les attaques visant le personnel soignant, en parla à notre ami Yves Donnars, directeur de l’Espace du Possible, habitué lui aussi à ce type de conflits. Il me suggéra alors de créer un comité de soutien.

Mais comment faire ?

Avec qui ?

Et surtout, qui allait s’en charger ?

Pas moi, cela aurait fait « juge et partie ».

Je me suis donc mis en quête de la bonne personne. Je me souviens parfaitement de la réunion décisive, dans mon bureau à Dijon, avec Jacqueline et Christine ma secrétaire :

- N’y a-t-il pas, parmi nos stagiaires, quelqu’un de disponible, ayant des compétences en secrétariat, des convictions… et suffisamment d’enthousiasme pour porter ce projet ?

En parcourant la liste, un nom s’est imposé comme une évidence : Martine Burneau.

Une première réunion eut lieu chez Yves, début 2002. À Paris, dans le quartier Latin, une quinzaine de personnes répondirent présentes sur une trentaine d’invitations. Nous nous retrouvâmes dans son petit studio parisien, rue Chanoinesse, à deux pas de Notre-Dame. Entassés dans 25 m², peu importe : le comité de soutien prenait forme !

Yves, habitué à ce type de réunions, structura les échanges :

- Soyons concrets. Commençons par créer ce comité de soutien. Le reste viendra ensuite. Qui s’en charge ? On démarre demain.

Martine accepta. Elle se sentait prête, portée par ses convictions et son enthousiasme, même si elle découvrait encore le massage.

Le week-end du 1er juillet 2002, lors de la fête du skateboard dans le 18e arrondissement de Paris, nous avons tenu un stand. Plusieurs centaines de massages assis ont été réalisés, et autant de signatures recueillies. En à peine trois mois, plus de 3 000 signatures furent réunies. Les soutiens affluaient : appels, lettres, encouragements. Martine mettait à disposition sa ligne téléphonique. De mon côté, je rédigeais des courriers pour les journalistes, les députés, les ministres, le président de la République… profitant de la campagne présidentielle pour interpeller les candidats. Les réponses furent rares, voire inexistantes, à l’exception notable du Front national… en quête de nouveaux électeurs.

Nous avons également contacté médecins, professeurs, artistes. J’ai même été invité à présenter le massage minute à l’Assemblée nationale.

Martine, de son côté, partit au Québec rencontrer la Fédération des massothérapeutes, qui devint rapidement un soutien précieux.

C’était une période d’effervescence. Nous y croyions profondément.

Avec plus de moyens, nous aurions pu récolter des dizaines de milliers de signatures. Et avec Internet, inexistant à l’époque, sans doute des millions. Une chose était claire : le public nous soutenait massivement.

Le comité de soutien s’est ensuite structuré en association : l’ASMBE. L’huissier comptabilisa précisément 4 099 signatures, déposées lors du procès. Mais c’est véritablement après celui-ci que l’idée d’une fédération a commencé à s’imposer.

Je restais pourtant méfiant. Une fédération risquait-elle de devenir un organe corporatiste de plus ? D’institutionnaliser un art libre et populaire au point de le dénaturer ?

Car, au fond, comment imaginer interdire le massage ? Ce serait comme interdire de danser, de marcher ou de s’embrasser. Ca cogitait dur dans ma tête ! A vrai dire, j’hésitais.

Je restais convaincu, et je le suis toujours, que le massage devait rester libre : chacun doit pouvoir en donner ou en recevoir « à qui bon lui semble et qui lui semble bon ».

Mais avions-nous vraiment le choix ? Pour faire face aux kinésithérapeutes, ne fallait-il pas utiliser les mêmes armes ?

C’est d’ailleurs ce que m’avait confié la présidente de la Fédération française d’esthétique, à la sortie d’une réunion au Ministère de la Santé, où je m’étais rendu pour défendre en haut lieu, le massage :

- Si tu veux te faire entendre, il te faut une fédération. Mais cela prendra dix ans.

Il fallait donc tenter. En veillant à l’ouvrir au plus grand nombre.

- Joël, la seule personne légitime pour en prendre la présidence, c’est toi, non ?

Je préférai rester en retrait. Je ne me voyais pas en chef.

La première assemblée générale de la Fédération eut lieu le 1er octobre 2005. Je m’en souviens bien : c’était quelques jours après le passage du cyclone Rita en Louisiane.

 

Martine Burneau fut élue présidente. La première assemblée générale réunissait une douzaine de personnes dont les trois quarts venaient de notre école. Puis progressivement. J’ai fait appel aux différentes écoles afin que la fédération grossisse. Trois ans après Martine passait la main à Corinne Gaudiot.

Aujourd’hui, la Fédé comporte plus de 35 écoles adhérentes et plus de 1500 membres.

Capture d’écran 2026-04-09 054631.jpg

Les pionniers

Jean-Louis Abrassart, Martine Burneau, Joël Savatofski

Guy Largier, Claude Camilli

1) Le Procès eu lieu quelques années plus tard… mais ça c’est une autre histoire !

bottom of page