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Le massage à l’école... une première !

 

Au cours des années 1980, j'ai réalisé plusieurs expériences inédites d'ateliers-massages avec les enfants. En tant que directeur de centre de vacances, j’avais la main pour proposer ce que je souhaitais.

Ainsi par exemple dans le cadre de « colos de tennis » pour des champions en herbe, parmi les activités dites « extra-tennis », après les entraînements, je proposais et animais moi-même ces ateliers entre la douche et leur dîner. Beaucoup venaient d’abord pour l’aspect « massage musculaire » et l’effet qu’ils pourraient produire sur leurs performances sportives : « demain, je vais péter la forme ! ». C’était souvent leur réelle motivation.

J’avais mis à la disposition de cette activité une chambre que j’aménageais sommairement. D’abord, je leur montrais comment travailler les muscles, massage des pieds, détente des bras, des épaules, des mollets… puis la Relaxinésie pour une détente plus globale de tout le corps, technique très aisée pour les jeunes, amusante et créative. Et, au bout de deux ou trois séances, nous abordions les massages du visage, des massages relaxants, relationnels, hors de toute référence sportive.

Nous dépassions alors la réalité physiologique du massage, pour accéder à son aspect communicationnel.

Quelques jours plus tard, les ados me demandaient d’utiliser aussi la salle d’une façon plus informelle. Ils aimaient s’y retrouver, le soir, pour se détendre et se masser en musique : un moment privilégié, d’échange, attentionné, tendre et convivial transcendant les habituels rapports garçons/filles.

Je n’y avais plus ma place.

Mais naturellement, l’expérience la plus riche, la plus décalée des habitudes, c’est celle menée dans le cadre des écoles, notamment dans une école primaire à Paris, près du Centre Pompidou en hiver 86. J’étais prêt.

C’était, il est vrai, une école dite « ouverte », décloisonnée, qui invitait des intervenants extérieurs (musiciens, plasticiens, conteurs, etc.).

Ça a fait de suite mouche !

Une chance pour moi de réaliser un de mes rêves, l’occasion de mettre en place ces ateliers massage au sein de l’Ecole de la République et grande et inabordable Institution, l’Éducation Nationale.

Une aubaine. Je connaissais une des institutrices, Nicole S., une amie et militante dans le domaine de l’éducation.

– Du massage avec les enfants, c’est pas un peu délicat, Joël ?

– Mais non. Ce n’est pas moi qui vais masser les enfants. Ils le feront entre eux.  Ca se passe… un peu comme un atelier de gymnastique.

– Ah bon, mais il te faut du matériel, des tables de massage.

– Non juste des tapis. Je vais leur proposer une technique très ludique et, tu verras ça va changer beaucoup de choses.

– Ça m’étonnerait que tu arrives à calmer certains de mes élèves, j’en ai deux qui sont impossibles !

Dès que je lui ai présenté en détail mon projet, Nicole m’ouvrit spontanément sa classe du cours élémentaire.

Je découvrais alors une école ouverte, dans tous les sens du terme. Salle de classe décloisonnée : pas de porte, pas de séparation entre les différentes classes, une organisation plus qu’innovante pour l’époque.

Mon atelier allait se passer dans une grande salle mise à disposition, avec tous les élèves de la classe, dans l'après-midi après la récréation de 15 h et la sortie de 16 h 30.

J’avais déjà expérimenté un peu ma technique de relaxinésie avec des foulards ou des bandes de tissu qui permettent à chaque partie du corps d’être soulevée en apesanteur. Une technique très ludique, créative et qui laissera à chaque enfant la possibilité d’agir comme il le sent.

Dès leur arrivée, je leur ai demandé de se mettre en rond et j’ai proposé quelques jeux de mise en confiance.

Naturellement, je jouais le jeu avec eux.

– Moi c’est Joël, je vous propose de faire du massage tous ensemble. C’est très simple et ça va vous faire du bien…. Et puis, vous pourrez masser vos parents à la maison, ils vont adorer.

Ils m’écoutaient, semblaient impatients. Je sentais la confiance s’installer.

Après les quelques jeux d’ambiance, je leur montrais la technique sur un enfant « cobaye », que je trouvais vraiment sans difficulté. Puis je les invitais à se mettre par deux, à l’endroit de leur choix.

Accompagné de Pépito M. (1), mon ami de la fac de Vincennes venu en soutien, nous passions à petits pas entre les corps allongés, nous les encouragions, les corrigions… juste un peu.

Pepito Mateo, que j’avais connu au théâtre à l’atelier théâtrale de Vincennes aujourd’hui professionnel, compteur, écrivain

Mon objectif étant d’abord de leur susciter l’envie et de (se) faire plaisir.

Nicole était là et assistait, silencieuse, car je lui avais demandé de ne pas intervenir.

Denis D. (2) un ami, filmait cette grande première.

Les enfants, tout excité(e)s après la récréation, ont tous joué le jeu.

Dès le début de la séance, le calme s’est installé.

Nicole m’avoua ne plus reconnaître ses élèves. Le premier de la classe avait cette fois abandonné sa place de meilleur. Quant à ceux en difficulté, habituellement turbulents, ils participaient dans le calme, agissant avec beaucoup d’attention et de respect. Les rôles s’inversaient.

À la fin de la séance, j’avais réservé une dizaine de minutes pour les laisser, s’ils le souhaitaient, s’exprimer.

Nicole qui était sagement restée de côté pendant tout l’atelier retrouvait son allant et sa fonction pédagogique :

– Alors les enfants vous avez eu deux rôles. Un, vous étiez masseur, l’autre, vous avez été massé. Lequel avez-vous préféré ?

 

C’était ma première expérience dans le cadre scolaire.

Deux ans après, j’eus envie de recommencer avec les mêmes enfants, maintenant élèves de CM1. J’étais, aussi ravi de les retrouver. À mon grand étonnement, ils se souvenaient parfaitement de l’expérience (pourtant unique !) que nous avions faite ensemble et de certains détails qui les avaient touchés.

En tout cas, l’enthousiasme de ces expériences particulièrement réussies m’a fait rêver de voir se multiplier ces pratiques avec les enfants…. dans toutes les écoles de France.

 

Et si on lui consacrait un projet fou ?

Alors, fort de ce succès, j’allais à grands pas, tel la Perrette de La Fontaine, au « saint des saints ».

Oui, cher lecteur, je prétendais arriver sans encombre à l’Éducation Nationale, pour proposer crânement mon projet : « Il faut organiser, la journée du toucher dans toutes les écoles de France !... Après tout il y a bien la journée du goût ! »

La sagesse (ou plutôt la naïveté !) de ces propos me ramène donc à cette visite à ce grand Ministère fin 1995 avec Gérard F. un de mes amis, membre de l’Institution, qui put m’introduire auprès du Doyen de l’Inspection Général EPS (3).

Une démarche d’extra-terrestres, reçue comme telle par qui de droit !

Nous suggérons d’abord à ce que soit développé cette activité dans les IUFM (4) afin que les professeurs formés en fassent profiter par la suite leurs élèves.

Puis la bombe : « La Journée Nationale du Toucher ».

Après quelques minutes d’entretien, j’ai eu droit à un condescendant :

Merci, très intéressant, vraiment très intéressant… on vous contactera !

Je ne m’attendais certes pas à un enthousiasme délirant de la part de cette haute Institution qui aurait pourtant eu tant à gagner à voir se multiplier ces pratiques.

Malgré une résistance ancrée, une de plus, et les tergiversations de tous ordres émanant de cette noble Fondation, j’ai quand même eu par la suite la joie de former quelques instituteurs - encore trop peu nombreux à mon goût - qui depuis tentent de mettre en place des ateliers-massage au sein de leur classe.

L’un de ceux-là, Claude, enseignant pendant une trentaine d’années auprès d'enfants de 5 à 11 ans, en classe unique en côte d’Or (Bourgogne), formé au toucher-massage, devenu formateur au sein de mon école, a su mettre en place dans le cadre de ses classes, dès les années 90, la pratique de massage entre enfants (ateliers, séances improvisées..).

Jamais au grand jamais, les enfants ne s’en sont plaint, bien au contraire. Il avait même, chose rare, obtenu l’aval de son inspecteur départemental, le conseiller pédagogique de sa circonscription… à condition de nommer l’atelier « relaxation ». Une fois encore, le mot « massage » frappé d’infâmie ? d’anathème ?

Claude avait crânement opté pour « relaxation massage ». C’est passé !

- L’originalité de la démarche du toucher massage à l’école a été pour moi l’occasion d’essayer de changer les mentalités des enseignants et des parents d’élèves mais aussi de l’administration. Je me positionnais, pensant que les enfants, enfermé dans le carcan de la vie scolaire, allaient avec le toucher devenir peut-être des adultes mieux vivants, plus touchants.

C’est dans le cas des activités décloisonnés du mardi après-midi que j’ai aussi proposé à mes collègues de prendre en charge un atelier massage.  Claude T.

Plus pragmatique, impatiente de constater les résultats, voir avec quelle attention des enfants si turbulents, d’habitude, pourraient prendre soin de leurs copains, Martine T. (5) elle-même, institutrice, lui emboite le pas. 

- Et voilà, me dit-elle, je me suis promenée au milieu des enfants de ma classe, reposées et souriants. Je suis conquis, non seulement le massage à sa place à l’école, mais il est très simple à installer et d’une efficacité immédiate et durable.

 

Créer du lien et de la fraternité dès l’enfance

Une réponse simple et concrète face aux défis de l’école d’aujourd’hui

Les ateliers de massage en milieu scolaire que j’ai mis en place ont un impact fort qu’on ne peut négliger. Ils cultivent l’empathie, renforcent le respect mutuel et apaisent les tensions.  En invitant les enfants à entrer en relation autrement, par le toucher respectueux et bienveillant, on favorise un climat de classe plus serein, plus humain, plus fraternel.

À une époque où les violences, les discriminations et les comportements racistes préoccupent à juste titre la communauté éducative, et où nos gouvernants cherchent - parfois dans l’urgence - des solutions pour éduquer à l’empathie, il existe déjà des pistes concrètes et accessibles. Le massage à l’école en est une.

J’ai écrit à plusieurs reprises au ministère de l’Éducation nationale pour partager mon expérience et proposer des actions à plus grande échelle.

Les réponses reçues ?

Un simple « nous transmettrons »… Un peu court, face à l’enjeu, non ?

Et si, pour une fois, on écoutait vraiment le terrain ?

 

1) Pepito Mateo, que j’avais connu au théâtre à l’atelier théâtrale de l’université de Vincennes Paris 8 aujourd’hui professionnel, compteur, écrivain

2) Denis est devenu quelques années après l’illustrateur de certains de mes livres et depuis quelques temps se lance aussi dans le massage.

3) Éducation physique et sportive

4), Instituts universitaires de formation des maîtres

5) Martine n’était pas au départ spécialement une fan du massage, mais elle aimait expérimenter des activités nouvelles et je pense avait envie de m’accompagner dans ma nouvelle aventure Alors elle l’est devenue. Professionnelle du massage, elle a intégré rapidement mon équipe 

 

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