Nouveau programme disponible le 1er septembre 2026
Métro-Boulot, Massage du dos
Première mondiale !
Jeudi 25 février 1996, 10 heures, aux stations Auber et Charles de Gaulle-Étoile, une foule de voyageurs pressés se rend au travail. Au détour d’un couloir, un spectacle peu commun les attend : des têtes, des dos, des bras s’affalent sur des chaises bizarres et, debout derrière, des mains pétrissent, frottent, mobilisent, étirent devant une foule agglutinée. Ils attendent leur tour en se délectant par avance.
En effet, ce jour-là une dizaine de masseurs et masseuses en tee-shirt, aux mains agiles et expertes proposent un massage anti-stress.
En moins de 10 minutes, ils/elles détendent dos et nuques sur des chaises confortables. Certains passent sans rien dire. D’autres, juste après avoir tourné la tête, regardent et esquissent un sourire gêné. Il y a les curieux, ceux qui tournent autour, nous regardent comme des bêtes curieuses. Méfiants, ils attendent la fin du massage pour voir la tête de la personne massée. Et puis il y a les autres, les plus nombreux, ceux qui n’en croient pas leurs yeux.
- Vous ne rêvez pas Messieurs-Dames ! Aujourd’hui, on ne sollicite ni vos portemonnaies, ni même votre avis pour un sondage. On propose simplement un massage gratuit.
Au fameux métro-boulot-dodo, on a ajouté massage-du-dos.
Les Parisiens apprécient, ils nous le disent ; cela se voit aussi sur leur visage, leurs épaules détendues et leur sourire. De l’étudiant en droit à la prof de philo, en passant par l’artisan tapissier et le touriste texan ou japonais, tous auront reçu un massage et nous quittent détendus.
Si quelques-uns des praticiens connaissaient un peu l’allemand, l’anglais, l’espagnol, si converser avec les Latins - avec les mains - n‘avait pas de secret pour nous, ce furent parfois de véritables crises de fou rire avec les touristes japonais ou les Chinois parisiens. Mais la chose la plus surprenante fut la file d’attente, aux heures de pointe. Des queues se formaient. Nous étions sur le point de distribuer des numéros d’ordre. Tout le monde a joué le jeu et a patiemment attendu leur tour, quelquefois jusqu’à une heure et demie :
- Formidable, incroyable, le bien que ça fait... Je reviendrai demain... Je suis venu exprès quand j'ai entendu l'annonce à la radio. Un massage au prix d’un ticket de métro (1), ça vaut le coup.
Dès les premières heures, des journalistes arrivent sur les lieux : New York Times, The Indépendant, Le Parisien, les télévisions… le massage dans le métro, le massage à la une ! J’avais fait mouche ! Près de 2 000 personnes massées… en 4 jours !
Et puis, il y a eu cet épisode particulier !
Un homme s’approche de moi et se présente : M. G., de Kiné Actualité (premier journal des kinésithérapeutes… et aussi journal de leur syndicat !). Sa présence, évidemment, m’interpelle, mon cœur se met à battre fort, sur la défensive alors j'attaque :
- Puisque vous êtes là, autant que nous parlions de ce qui se passe en ce moment dans la profession et surtout contre moi. Vous voyez l’engouement du public pour être massé, c'est avant tout le signe d’un grand manque, celui du toucher. Qu'ont fait mes collègues depuis 20 ans ? Il faut que çà bouge, que le massage retrouve son droit de cité, voire qu’il devienne « à la mode », que…
- Vous n’avez pas totalement tort, je l’avoue, mais… En tout cas, je trouve votre démarche très courageuse.
Que voulait-il dire ? Courageux pour l’innovation et la prise de risque ? Ou courageux par rapport aux kinésithérapeutes qui allaient, avec cette expérience, avoir matière facile pour m’attaquer de front ?
- En tout cas, répondis-je, plus détendu, voilà qui va aider à la démocratisation du massage, c’est mon but. Mais puisque vous êtes là, je voudrais profiter de cette occasion pour lancer un grand débat sur les massages en France et en premier lieu réveiller mes collègues sur le sujet et les y associer par l’intermédiaire de votre journal. Qu'en pensez-vous ?
Un peu surpris !
- C’est une excellente idée. On pourrait démarrer cela dès la semaine prochaine, j’ouvrirai une page pour débattre de ce problème (2).
Pour une grande première, ce fut une grande première et pour le journal - qui n’avait, en vingt ans, quasiment jamais parlé de massage - en faisait maintenant chaque semaine son fonds de commerce, « massage », à la une et sur une à deux pages.
Naïf que j’étais. Le débat eut bien lieu… mais sans moi !
Oublié, exclu, censuré, j’y fus même insulté. Chacun pouvait y déverser son fiel dont le journal se faisait l’écho. Seul me fut accordé un droit de réponse de quelques lignes, dûment exigé par mon avocate.
J’en ai longtemps voulu à ce journaliste qui n’a pas tenu sa parole. Je sus plus tard que lui-même, pas libre de ses mouvements au sein de ce syndicat, avait une position bien différente, plus proche de la mienne, position d’ailleurs que commençaient à partager nombre de kinésithérapeutes ; mais tous se taisaient par peur de représailles. J’ai compris (ou plutôt, on m’a fait comprendre) plus récemment qu’il fallait donner de la matière à ce syndicat en perte de vitesse : l’affaire des massages représentait l’occasion rêvée.
J’en ai fait les frais comme tous ceux qui commençaient à s’adonner à cet art.
Bien sûr, je tire une immense satisfaction de ces quatre journées.
Qui aurait osé imaginer le massage dans le métro parisien ?
Le succès de l’opération fut énorme, bien supérieur à nos prévisions les plus optimistes. Mais, ce que nous n’ignorions pas s’est encore davantage révélé à la faveur de cette action, le terrible constat demeure : le besoin d’être touché existe et combien !
Sans conteste, je crois que le déclic s’est fait précisément ce jour-là. En effet, après cette opération, on a commencé à voir un public plus large s’intéresser aux massages bien-être, d’accepter de les recevoir ailleurs, et sans ordonnance médicale à l’appui, que face à une blouse blanche et surtout ne plus seulement l’imaginer dans des cabinets aseptisés et peu conviviaux.
Le massage populaire a été lancé en France, il ne fait qu’avancer, sans crainte de retour et tout dans ce domaine parait dès lors possible.
Voir « Vintage vidéo - Métro-Boulot, Massage du dos », sur ma chaine You tube Juin2026
(1) 4,50 frs
(2) J’ai rencontré M. G. quelques dix années plus tard, dans un café parisien. Ne faisant plus partie du journal, il m’a tout raconté. Surréaliste !
Encouragés par le succès, peu de temps après, lors d’une autre opération dans ce même métro, nous avons associé ma méthode la relaxinésie®, les stretchs-massage® et les massages des pieds, à même le sol, sur une pelouse aménagée pour la circonstance, ce qui rajoutait du surréalisme à cette station parisienne Auber d’ordinaire, si ordinaire !