top of page

MASSAGE BIEN-ETRE ET MASSAGE THERAPEUTIQUE. - 2005

Différence, opposition, complémentarité ?

Le bien-être est une valeur qui explose. Le stress de la vie actuelle, les ruptures familiales, mais aussi la modernité de la société favorisent le besoin de détente et de contact. L’esthéticienne affichait jusqu’alors une offre exclusivement « beauté ». Aujourd’hui cette offre est devenu « beauté bien-être » et propose dans son menu des prestations relaxantes dont le massage est le soin majeur. Les praticiens de bien-être, les centres de massage se multiplient un peu partout. Depuis quelques années, l’hôpital s’est ouvert avec la formation des sociaux esthéticiennes.

La culture zen a remplacé la culture « biceps ».

Dans la vie quotidienne le « massage bien-être » se popularise et se développe dans tous les secteurs, y compris en milieu hospitalier.

Même les entreprises ont compris que pour rendre leurs collaborateurs plus performants ou simplement plus heureux dans leur travail, l’apport de bien-être se révélait plus efficace que de marcher sur les braises ou de sauter en élastique.

Capture d’écran 2026-03-28 150541_edited
Différence bien-être VS thérapie.jpg

Pour la revue « Les Nouvelles esthétiques »

Que signifie apporter du bien-être ?

L’apport de bien-être est basé sur la qualité relationnelle. Cette valeur qui porte une dimension d’empathie, une intention bienveillante de donner du bien-être, prend toute sa signification dans le massage. Mais pas n’importe quel massage !

Pas celui qui est pratiqué dans les cabinets de kinésithérapie (quand il est pratiqué!) et qui répond à une autre définition, très "réductrice" et avant tout technique  : « On entend par massage toute manœuvre externe réalisée sur les tissus qui comporte une mobilisation ou une stimulation méthodique mécanique ou réflexe de ces tissus ».

Pour éviter toute confusion entre le massage thérapeutique (massage "anatomique") et le massage bien-être, le terme « toucher massage » que j’ai crée me semble le plus approprié puisqu’il inclut la notion de contact (avec tact) et parce que la valeur ajoutée d’un massage bien-être de qualité réside dans l’intention, l’attention et l'intuition du praticien, précisément présentes dans le toucher.

Le masseur kinésithérapeute - et ce n'est pas un secret - pratique de moins en moins le massage. Mais quand il l'utilise, c'est avant tout comme outil thérapeutique complémentaire d’actions bien précises, parfois même remplacée par des appareils (vibro-masseur, ultra son, bottes-pression, etc…).

Par contre une séance de « massage bien être » va faire autant appel à toutes les qualités que l'on trouve dans un toucher bienveillant (tact, douceur, présence, recherche de la "juste distance"1) ), qu'aux mouvements proprement dits de la main, sans oublier l’environnement, sécurisant et agréable propice au relâchement. Dans la démarche bien-être, tous ces aspects vont se mélanger, se compléter, se combiner à l'infini en une gestuelle fluide et douce qui parfois s'apparente à la danse.

Le meilleur kinésithérapeute peut se révéler un piètre « masseur-bien-être » ; parfois il peut faire plus de mal que de bien dans ce domaine, en privant en quelque sorte son « patient » de son besoin de cocoon, de détente, de plaisir d’être touché et valorisé, frustration le plus souvent mal vécue.

Beaucoup trop de professionnels, quels qu’ils soient, massent sans âme.

Ne vaut-il pas mieux une main chaude, chaleureuse, présente, qu'une mécanique bien huilée plaquant gestes et manœuvres codifiés sur un corps objet ?

Le « massage bien-être », c'est bien sûr la main mais beaucoup le cœur.

Cette dualité entre "massage anatomique" et "massage bien-être" me fait penser aux difficultés de même nature rencontrées autrefois par la danse contemporaine face à la dictature de la danse classique. (La même comparaison vaut pour les gyms proposées il n'y a pas si longtemps par les profs officiels et les gyms douces venu bousculer les idées reçues dans le cadre de cette discipline).

Dans la plupart des cas on sait combien les innovations ont pu adoucir certaines pratiques particulièrement autoritaires et sectaires. Tout ce que peuvent apporter les praticiens de bien-être dans leur façon de faire et d’être est donc à considérer avec le plus grand respect même s’ils remettent en cause bon nombre d’habitudes et de fonctionnement établis.

En tout cas, pour moi un "bon massage", c’est d'abord celui qui apporte du bien-être à l’individu qui le reçoit.

C'est ainsi que je l'enseigne et que nous le pratiquons : «… un art qui se définit avant tout comme une intention bienveillante, qui prend forme grâce au toucher et à l’enchaînement de gestes sur tout ou parties du corps, qui permet de détendre, relaxer, remettre en forme, rassurer, communiquer ou simplement de procurer du bien-être. Ce toucher-massage est agréable à recevoir, mais aussi à pratiquer ».

Que trouve-t-on dans le dictionnaire 2) à propos de bien-être : « Sensation agréable procurée par la satisfaction de besoins physiques, d’absence de tensions psychologiques ».

Cet état de bien-être physique et psychologique procuré par le toucher-massage signifie que le corps et l’esprit sont indissociables. En fait, lorsque quelqu'un s'exprime après une séance : « Ah, comme je me sens bien! », c'est reconnaître qu'il s'agit bien de sa personne tout entière.

 

Quelle est la pédagogie du bien-être ?

En tant qu’enseignant de massage bien-être (et bien que je sois aussi kinésithérapeute de formation), il m'a été aisé de constater objectivement deux enseignements opposés, voire antinomiques, deux finalités totalement différentes.

En effet, les techniques manuelles, telles qu’elles sont enseignées aux futurs kinés, sont essentiellement basées sur l'apprentissage de manœuvres localisées avec, avant tout, l’objectif du traitement symptomatique (sur muscles, tendons, ligaments, aponévroses) privilégiant les références anatomiques, physiologiques et la technique.

L'enseignement classique de la masso-kinésithérapie conditionne donc le futur kiné vers un exercice plutôt mécanique, anatomique, fonctionnel, cohérent avec la définition de sa profession. Ainsi, le support pédagogique « humain » et sa sensibilité, éléments essentiels du soin, se trouvent réduits à une véritable « peau de chagrin » alors qu’ils pourraient en être « l’ossature ».

Les connaissances théoriques « ingurgitées » pendant leurs 3 ou 4 années d'études finissent par encombrer les kinés qui souhaiteraient pratiquer les massages bien être. Dès lors, ces praticiens devront faire preuve d'une douloureuse remise en cause pour accepter une vision globale et non mécanique de l'être humain, indispensable pour répondre de façon optimale aux besoins énormes de l’individu. Et Il faut souvent plus de temps pour former un kiné aux massages bien-être que tout autre individu, c’est l’expérience que j’en ai au sein de mon école, un constat fait sur la centaine de kinés par rapport au dix mille autres stagiaires qui sont passés dans mon école

Et ce n'est, évidemment pas la Faculté de Médecine qui va dorénavant - et pour une année d’étude supplémentaire 3)- recevoir les étudiants des IFMK (Institut de Formation à la Masso Kinésithérapie) qui les sensibilisera à l'art du toucher, de la communication et du bien-être.

Peuvent-ils dès lors se permettre simplement de revendiquer la pratique du massage bien-être? Question de légitimité !

 

Quant à la sélection des futurs étudiants en masso-kinésithérapie, elle est édifiante !

Réservée aux bons élèves en maths, physiques, chimie, elle est quasi interdite à tous les autres. Comment attendre d'eux une approche autre que mécanique, anatomique, scientifique 4).

En vérité, la technique du massage ne s’apprend pas comme l’informatique.

La pédagogie que j'ai instaurée depuis déjà une vingtaine d’années surprend au début.  Néanmoins elle est indéniablement l’atout majeur dans l’apprentissage des techniques du massage qu’elle facilite, et auxquelles elle donne un sens pragmatique et humain. Les résultats sont là.

Lors de mes formations au Toucher-massage et aux différentes techniques de massage bien-être, que je développe, Massage essentiel, Massage minute, qui s’adressent tant au personnel soignant qu’aux esthéticiennes et aussi au grand public, l'enseignement est avant tout pratique, interactif, expérientiel.

Ainsi les stagiaires qui s’initient au Toucher-massage découvrent à travers lui la communication non verbale et intuitive. Sensibilisés, ils prennent confiance dans cette relation tactile et acceptent de ce fait plus facilement la dimension relationnelle et émotionnelle du massage. Tour à tour massé et masseur sont sur la table. Le formateur totalement impliqué participe à ce dialogue "corps à corps". 

Au cours de mon enseignement, tous mes formateurs et moi-même avons évidemment l'occasion d'être touchés et de toucher chacun de nos élèves.  Nous mettant ainsi à leur niveau, l'inhibition est considérablement réduite, des relations de confiance s'installent, libérant l'expression gestuelle de chacun.

La qualité du toucher et du massage s'en trouve largement enrichie et surtout le stagiaire s'exprime alors de façon authentique, dégagé des craintes de mal faire ou de faire mal. Il n'a plus besoin de se cacher derrière des gestes techniques et les justifier à tout prix. Il est dorénavant à l'aise et s'exprime librement, plus justement.

J’ai mis au point une centaine de jeux et exercices ludiques pédagogiques qui permettent de donner d'abord le goût, l'envie et le plaisir de toucher, glisser, masser, d'être et de se sentir suffisamment en confiance. Ils évitent d'avoir peur du toucher, de plaquer gestes et manœuvres dénués de sens. Car ce n'est pas uniquement un savoir-faire que doivent acquérir les futurs praticiens, mais aussi et surtout un "savoir-être" dans la relation au toucher et du "prendre soin de l'autre".

En tout cas - et c'est une lapalissade ! - on ne peut pas bien masser si on n'aime pas masser.

Cet objectif est donc prioritaire : faire aimer ce que l'on va dispenser.

Force est de constater, nombre de mes confrères qui revendiquent à «corps»…et à cris le monopole du massage sont parfois ceux qui le détestent le plus. Quant aux autres qui ont plaisir à toucher, masser, cocooner, ils ont toujours encouragé les esthéticiennes et les praticiens de bien-être (dont ils sont d’ailleurs parfois clients) à utiliser cet art qu'ils savent apprécier à sa juste valeur.

 

Quels sont les acteurs du bien-être ?

Le milieu médical pourrait pourtant s’inspirer de ces praticiens de bien-être et prendre en compte, avec plus de considération et de respect, la relation humaine.

La sophistication des méthodes thérapeutiques a engendré un phénomène de frustration qui a probablement une incidence physique, fragilisant l'individu. C'est l'effet pervers du "progrès" (notamment en raison de la spécialisation des tâches, de l'asepsie obsessionnelle, des outils hyper-sophistiqués, des règles administratives).

L’infirmière, et encore plus l’aide-soignante, sont davantage dans une approche de contact et de toucher. Les gens les plus humbles ont fréquemment les bons gestes, comme si, plus l'individu monte dans l’échelle des connaissances et de la hiérarchie, plus il a tendance à occulter les valeurs humaines les plus simples.

La majorité de mes ex-collègues ont toujours vécu le massage comme quelque chose de ringard et d'inutile, parce que l'enseignement qu'ils ont reçu ne les a pas formés à s'autoriser le plaisir dans leur pratique professionnelle ; ils en ont peur. Le massage est vécu comme une contrainte et/ou qui leur fait perdre du temps (et de l’argent).

Cette réserve habituelle du milieu médical a favorisé l’émergence et la multiplication des pratiques dites de bien-être par des praticiens non issus du milieu médical, qui proposent une approche plus douce, plus sensuelle, moins distanciée, plus touchante… et plus motivante.

Eu égard leur souci du confort et du bien-être de la personne, de leur fonction de proximité, voire même proche de l'intimité, les aides-soignantes mais aussi de plus en plus d'esthéticiennes possèdent cette ouverture bénéfique, liée à leur profession.

A l'hôpital se sont bien les aides-soignantes qui pratiquent quotidiennement les soins de « massage bien-être », caresser un visage, pétrir doucement la nuque endolorie, préparer le lever par un massage des pieds, toucher-masser le dos, les épaules, les lombes immobilisées et écrasées sur les draps ou tout simplement prendre la main…et la masser délicatement.

A l’opposé, les kinésithérapeutes et médecins se positionnent davantage comme des « réparateurs », des thérapeutes qui traitent les problèmes spécifiques du corps.

 

Les massages retrouvent aujourd’hui leurs lettres de noblesse en s’inscrivant dans une démarche informelle, globale, relationnelle, non codée, hors du champ strictement thérapeutique et médical.

 

Certaines différences remarquables

Ce sont deux univers que tout oppose à plusieurs niveaux :

Si le « massage de bien-être » n'est pas thérapeutique au sens habituel et réducteur du terme, il est souvent bien plus que cela et entre parfaitement dans le cadre de la prévention de santé publique. Il est aujourd'hui plus qu'utile. Il devient nécessaire, voire indispensable pour garder ou retrouver la santé.

Quand une personne souffre de solitude, de stress permanent, d'anxiété, de dévalorisation de soi, la présence du praticien de bien-être qui écoute, touche, masse, caresse, cocoone est sûrement ce dont cette personne avait le plus besoin, l'essentiel pour elle à ce moment-là.

Libéré du « guérir et traiter à tout prix », le praticien bien être a cette chance de pouvoir dispenser des gestes qui tout simplement font du bien.

 

J'avais déjà évoqué l'intérêt des massages relaxants pour les hommes ("Le modelage d'homme" in Les Nelles Esthétiques, Avril 1994) et révélé qu'au delà des bienfaits sur les tensions et la musculature des "mecs-durs-et-tendus", ces séances étaient l'occasion d'une sensibilisation  au lâcher prise, à la délicatesse, à  la douceur, à la sensualité.

Le massage bien-être leur permet en effet de découvrir d'autres valeurs (que celles qu'on les oblige à adopter), de reconnaître la part de féminité qui est en chacun deux, de laisser émerger sans pudeur sur la table de massage le visage béat du petit enfant sensible, ému et heureux.

Le vocabulaire

Tandis que la main du praticien de bien-être "glisse avec douceur et fluidité", l’écho verbal des acteurs du milieu médical se traduit par des mots plus durs, plus anatomiques (pétrissage, palper rouler, manœuvre de Syriax, effet proprioceptif, etc…).

Ces deux registres de vocabulaire symbolisent des modes d’expression qui ne peuvent correspondre qu’à des objectifs différents.

La pédagogie médicale est ainsi faite qu’elle n'autorise ni la rondeur des mots, ni celle de la gestuelle. Bien-être, énergie, plénitude, harmonie, sérénité : ces  termes ne font pas partie de l’enseignement médical et les kinésithérapeutes qui n’ont pas l’habitude d’entendre ce vocabulaire « abstrait », attaquent les praticiens de bien-être comme si ces mots relevaient ou émanaient d’une secte !

Cependant, l'antéversion ou la rétroversion du bassin, l'éminence hypothénar, la prono-supination, bon nombre de termes font légion dans la panoplie du vocabulaire "pro-médical" ; Tout comme la blouse blanche, ils distancient encore la relation kiné/patient.

Certes, les kinésithérapeutes ne sont pas là pour donner du plaisir, mais d'abord pour rétablir une activité fonctionnelle. Alors, qu’ils aient donc l’amabilité de respecter l’usager en laissant les praticiens de bien-être exercer leur art en toute liberté 5et admettre avec humilité que dans ce domaine ils ont encore beaucoup, beaucoup à apprendre (cf1).

 

"Gestes" chez les uns…. "Manœuvres" chez les autres

Le massage bien-être favorise intuitivement les gestes avec la paume, l’avant-bras, qui symbolisent l’arrondi, la sensualité, l'apaisement, la sécurité, le cocoon. Les mouvements sont plutôt lents, rythmés, bercés, enveloppants pour rassurer, relaxer, donner une sensation agréable et de plaisir. 

A l’opposé, les manœuvres des doigts sont plus présents dans le cadre du massage à but thérapeutique, en raison de l’utilité de leurs nombreuses terminaisons sensitives, favorisant la recherche et le diagnostic. "Si ça fait mal, ça fait du bien" entendait-on encore trop souvent et à tort 6) !

Le kinésithérapeute est ainsi plus dans l’intention de rechercher, trouver, traiter, pressé par le résultat objectif qu’on lui demande, tandis que le praticien de bien-être est dans l’intention plus modeste de créer avant tout des effets agréables donc bienfaisants.

L'environnement du massage bien-être "le Massage essentiel"

Donner du sens au massage, c’est aussi travailler dans un décor synonyme de bien-être : chaleur agréable des lieux évitant le moindre courant d'air, couleur chaude des murs, lumière tamisée pour plus de douceur, sensation d’intimité sécurisante, musique favorisant la relaxation, tables larges et moelleuses, grand drap de bain doux et enveloppant, huiles de massage au parfum subliminal (et à température ambiante s'il vous plait) .

Toutes ces grandes "petites attentions - y compris téléphone débranché, absence de bruit, abandon de montre et bracelet - sont le fondement de la qualité du soin de bien-être, mon souci toujours présent.

 

En conclusion

Etre un vrai professionnel du bien-être, cela signifie pour le praticien avoir pris conscience que ce type massage, crée un vrai moment de bonheur, un moment relationnel qui doit être  vécu dans  un environnement soigné et particulièrement agréable, qui demande une écoute et une disponibilité bienveillantes, pour mieux accompagner une technique elle-même spécifique… une envie toute simple, mais essentielle celle de "faire du bien".

 

(cf.1) à titre informatif quelques mots sur ce qui s'est passé il y a une quinzaine d'années. Je n'étais pas et ne suis toujours pas un visionnaire, mais j'ai compris très tôt que si le kinésithérapeute qui a associé le vocable de "masseur" à son titre, souvent le traite par le mépris, privilégie la rééducation au détriment du massage, il voit déjà arriver le moment où la personne  qui n'a pas besoin de rééducation, mais de bien être se détournera de lui.

Naïvement je me suis adressé aux Ecoles de Kinés exposant honnêtement mes craintes quant à l'avenir d'une profession qui n'était alors plus tout à fait la mienne, proposant des avancées différentes, basées sur des techniques novatrices, accompagnées d'une pédagogie appropriée.

Bref, je suggérais d'ajouter au programme scolaire la discipline "massage bien-être". J'ai même proposé mes services à titre gracieux. ! Peine perdue. La réponse obtenue a été : "pas le temps, programmes surchargés" ou "ça n'intéresse personne" .

Seules les esthéticiennes ont compris, depuis quelques années déjà les bienfaits du "Massage essentiel" d’une approche de massage bien-être.

Récemment pourtant, nombre d’articles ont fait leur apparition dans la presse spécialisée des kinésithérapeutes, tardivement conscients du phénomène et du temps perdu. C’est ainsi que j’ai pu y relever quelques conseils à propos de la pratique du massage comme « élargir le champ d’action du kinésithérapeute », des termes tels que « créneau porteur » et l’invitation aux kinés de « s’y engouffrer ». On y parle aussi de « kinésithérapie de bien-être » et même de « kinésithérapie esthétique ». (Pourtant, hier encore, cette même presse qualifiait mes techniques en général et le « massage bien-être » en particulier de « papouillothérapie » et autres termes d’aussi mauvais goût).

Cela dit, aujourd’hui la rentabilité semble être une motivation prépondérante pour les uns….néanmoins insuffisante pour d’autres, dont je suis, si la qualité des prestations n’est pas à l’avenant.

 

 

La complémentarité, oui,  la guerre, non !

Certains kinésithérapeutes revendiquent le monopole du massage, qu’il soit thérapeutique ou non. Comme si on pouvait s'approprier ces gestes de contact, de toucher, de vie, pratiqués depuis l'aube des temps! C'est grotesque !

Alors que les praticiens de bien-être, eux, ne revendiquent pas d’être des thérapeutes.

De même, un magasin de diététique n’a pas de leçon à recevoir d’un pharmacien, au même titre qu’un cuisinier de la part d’un diététicien.

Si le kinésithérapeute détenait le monopole du massage, alors la psychologue pourrait revendiquer celui de l'écoute, le radiologue celui de la photo, l’agronome celui du jardinage, etc.

Et pour faire l’amour, faudrait-il posséder un diplôme de sexologie ?

 

1) In "Le toucher Apprivoisé"(Ed. Lamarre), Pascal Prayez

Le toucher est le sens de la réciprocité immédiate. On peut voir sans être vu, entendre sans être entendu,  mais peut-on toucher sans être touché? Quand je  masse , je touche et quand je touche la personne  me sent autant que je la sens. C'est en grande partie cela qui  est à l'origine de  la résistance au toucher et de la "distance professionnelle" dont se servent les thérapeutes pour se protéger, (gants, langage, gestes techniques etc..) afin de ne pas s'impliquer ( se dévoiler)  dans leur rapport à l'autre.

2) In Le petit Robert

3) Demain la première année de toutes les écoles de kinésithérapie se fera en faculté de médecine !

4) Nous savons que cette notion fondamentale d’empathie et de relation humaine, est quasi inexistante dans la formation médicale, d’où une énorme frustration chez le patient. Le kiné lui même la ressent sans doute et cache manque et gêne sous une attitude « professionnelle » (garder-distance, porter-blouse blanche, tout expliquer rationnellement et scientifiquement, utiliser un vocabulaire particulier, etc..). Je vous renvoie à ce sujet au livre de Pascal Prayez sur la « distance professionnelle » (Ed. Lamarre).

5) Le droit de tout un chacun d’être touché par qui bon lui semble et qui lui semble bon est un droit démocratique et une liberté fondamentale, incontestable, qu’il est bon de rappeler ici.

6) Parmi les nombreuses anecdotes venues à moi, voici celle, surréaliste - hélas pas unique - d'une amie.

 Jane a des séances de rééducation chez un kiné, à ce point douloureuses qu'elle envisage d'y renoncer, quand les hasards du calendrier font que le jour de la rééducation et peu de temps avant elle, Jane  se paie une séance de massage bien-être. Ce jour la, sa séance kiné a été beaucoup moins douloureuse, elle "passe" beaucoup mieux. Renouvelant l'expérience, elle constate que la rééducation est mieux supportée après son passage (massage-détente) chez la praticienne de bien-être. Sans lui préciser la raison de sa demande Jane a suggéré au kiné de commencer par un massage-détente .Peine perdue, il ne sait pas, il ne fait pas.

Elle a donc continué mais à ses frais. de se payer une séance de massage bien-être avant chaque rééducation. Le kiné ignorant les faits s'est contenté de constater que "ça va nettement mieux ".

bottom of page